Collectif Vigilance Franklin
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Réunion du 8 juin 2001 avec le Dr. Philippe Quénel
 

Vendredi 8 juin au matin, le collectif a été reçu par le Dr. Philippe Quénel (Institut de Veille Sanitaire), dans le but de faire le point sur nos attentes avant la réunion du comité scientique de l'après midi.
(Un relevé de conclusions fait suite à cette réunion.)

 

 
Ce que nous avons demandé lors de cette réunion
 

I/ ETUDE DES SOLS, DE L'AIR ET DES EAUX SOUTERRAINNES.

I.1/ tests de génotoxicité des extraits de sols.

Compte-tenu des doutes sur la fiabilité des analyses effectuées au niveau des produits présents dans le sous-sol de l'école (voir Annexe),
Compte tenu des difficultés analytiques certaines face à des mélanges très complexes de produits organiques présents dans les sols, ce qui conduit à l'absence d'identification fréquente de la majorité des molécules en cause
Compte tenu de l'absence d'étude sur la cancérogénicité de la très grande majorité des molécules organiques,

Il apparaît indispensable - quels que soient les résultats qui seront prochainement fournis par l'INERIS - de recourir à des tests donnant directement le caractère mutagène et/ou clastogène des produits extraits des sols dans l'école, sur l'ex site Kodak et son voisinage.

En conséquence, le collectif demande en toute priorité que ces tests soient entrepris pour que les résultats en soient fournis au plus tard au 1° septembre, et ce sur les trois échantillons prélevés samedi 2 juin par l'INERIS :

  • échantillon (en deux parties) prélevé sur la bande de gazon de la cour d'école à une profondeur de 0 à 20 cm.
  • deux échantillons prélevés de 0 à 10 cm de profondeur dans deux caves d'un même immeuble jouxtant le site Kodak.

Nous demandons instamment que ces trois échantillons soient adressés en colis express dès le 9 juin, ou au plus tard le 11 juin à :
M. Marzin Institut Pasteur, 1 rue du Professeur Calmette, BP 245, 59019 Lille Cedex.

Nous rappelons que ces tests sont normalisés, et de pratique courante depuis plus de quinze ans pour le test d'Ames, dont les résultats pourraient être attendus pour fin juin, et depuis plus de dix ans pour le test des micro noyaux qui ne serait entrepris - avec le résultat pour fin août- qu'en cas de résultat négatif du test d'Ames.

1.2/ Etapes complémentaires dans les tests analytiques et génotoxiques.

En fonction des résultats des tests analytiques et de génotoxicité, sur les différents échantillons de sol prélevés par l'Inéris il y a environ un mois et le 2 juin dernier, il sera nécessaire de prévoir un programme complémentaire d'analyses.

Dès que ces résultats seront connus, des propositions seront adressées au comité de suivi et au comité d'experts.

Dès maintenant des analyses d'air et de sol devraient être engagées dans les deux crèches et dans les six immeubles du voisinage où ont demeuré les mères pendant leurs grossesses et les enfants après leurs naissances.

I.3/ L'étude de la nappe du Soissonnais et des eaux souterraines.

En 1980 la DDE dans un courrier au Préfet du Val-de-Marne indiquait que
«La Société Kodak-Pathé représente 30% de la consommation d'eau de la ville de Vincennes et 95% de ses eaux rejetées (1 500 000 m3/an) transitent par l'ouvrage de l'avenue du Petit Parc.»
Ce document relève «un important encrassement de l'ovoïde unitaire (canalisation ?) jusqu'au sommet de la voute» ainsi que des valeurs anormales en pH….des teneurs élevées de cyanures libres etc..

La création d'un ouvrage de contrôle des eaux résiduaires est envisagée par Kodak….Quatre ans plus tard, en octobre 1984, un inspecteur du STIIC écrit «le responsable de Kodak nous demande de surseoir a l'installation d'une mesure et d'un enregistrement du pH car l'investissement ne paraît plus justifié et ne sera jamais amorti»

Au vu des quantités massives d'eau prélevées et la nature des effluents rejetées par Kodak il nous apparaît nécessaire de verifier si :

  • Des variations (remontée depuis la fin de Kodak) du niveau de la nappe phréatique se seraient produites. Nous savons qu'une entreprise riveraine a récemment subi des inondations en sous sol (niveau -3). Ces variations pourraient avoir mis en contact des sols éventuellement pollués avec cette nappe et ce sur l'ensemble du site élargi, induisant des remontées par capillarité dans les sous-sols et caves d'immeubles anciens (souvent en terre battue).
  • Des pollutions directes par débordement des collecteurs ou des égouts (ou autres causes) auraient pu se produire et polluer les zones riveraines durant la longue exploitation de l'usine Kodak.

 

II/ COMMUNICATION DE DOCUMENTS ET NOMINATION D'EXPERTS

II.1/ Kodak dit avoir communiqué une liste de 600 produits. Nous en demandons la communication.

II.2/ Concernant la liste des produits chimiques utilisés nous demandons qu'un avis - en matière de génotoxicité - soit demandé à
M. André Picot, Directeur de recherche au CNRS, UPS 831, CNRS, BP 1, 91 198 Gif sur Yvette.

II.3/ Nous demandons par ailleurs que tous les documents sur l'ancien site Kodak soit transmis à
M. Frédéric Ogé, directeur du CRESAL/CNRS, 6, rue Basse desRives, 42023 Saint Etienne Cedex 2.

Nous demandons que l'équipe de M. Ogé, spécialisé dans l'histoire des friches industrielles, soit missionnée par l'IVS pour fournir au comité de suivi l'histoire du site, des produits chimiques utilisés, des accidents, etc. y compris les données sur le sous-sol le mouvement des eaux souterraines, etc.

II.4/ Kodak a lancé un appel à la mémoire. Nous demandons un engagement de Kodak à transmettre l'intégralité des réponses au comité de suivi. Sans quoi sa présence au comité de suivi apparaîtrait comme relevant du seul souci d'assurer sa défense.

II.5/ Enfin, nous demandons que l'ensemble des documents concernant la démolition du site Kodak et la reconstruction du nouvel ensemble immobilier soit transmis à des experts en bâtiment, parmi lesquels nous demandons que soit missionné
M. Paul Röder 100 rue Montmartre, 75002 Paris.
Afin

  • de rechercher et de repérer toutes les zones du site sous lesquelles il n'y a pas de dalle au niveau du sous-sol.
  • de retrouver les différentes phases historiques de construction des sous-sols… pour certaines postérieures à l'édification des immeubles.
  • de rechercher toutes les données sur l'origine des terres de remblai (y compris la terre utilisée pour la cour de l'école).

Parmi les interlocuteurs qui devront ouvrir leurs dossiers il faudra bien sûr solliciter l'entreprise Bouygues.

II.6/ Nous demandons que soit effectuée une expertise de l'ensemble des immeubles proches du site Kodak, dans une zone délimitée par : avenue des Minimes, avenue du Petit Parc, rue du Lieutenant Heitz, passage des Vignerons et rue Louis-Besquel.

III/ ETUDE DE L'INCIDENCE DES CANCERS DANS LE QUARTIER KODAK

III.1/ Concernant les enfants
Il apparaît maintenant très probable que s'il y a eu contamination des abords du site Kodak, elle ne date pas de ces toutes dernières années. Il est donc nécessaire d'établir une liste de tous les enfants nés et/ou élevés aux abords du site, par exemple depuis 1975, si les données hospitalières le permettent.
Indépendamment des enfants ayant fréquenté l'ancienne et la nouvelle école maternelle, et le crèches, il faudra recourir à d'autres sources de données puisque des enfants ont pu être atteints gravement avant d'avoir fréquenté l'école et surtout parcequ'une proportion importante d'enfants est scolarisée dans des institutions privées.
Nous avons noté que lors de la première réunion du comité de suivi, Monsieur le Maire nous a offert sa collaboration pour l'établissement de cette liste.

Il restera à comparer cette liste à celles des enfants ayant consulté pour des cas de tumeurs dans les services de pédiatrie spécialisés, dans les hôpitaux de proximité et dans les principaux services d'hématologie.

Par ailleurs, il nous apparaît absolument nécessaire qu'un médecin de l'IVS envoie d'urgence à l'ensemble des médecins de Vincennes une demande de signalisation des cas de cancers chez des enfants, avec localisation tant de la mère pendant sa grossesse que de l'enfant avant survenue de la maladie. La mairie pourra fournir une liste d'une part des médecins en exercice, d'autre part de ceux ayant cessé d'exercer dans les 25 dernières années.

III.2/ Concernant les adultes
Dans un second temps, il sera nécessaire d'entreprendre une étude épidémiologique sur les adultes du même secteur géographique et sur la même période historique.

IV/ ETUDE DES CAS DE CANCER

Un premier questionnaire - confidentiel - a été rempli par les parents concernés à l'initiative du collectif Vigilance Franklin. Les résultats en seront fournis à l'IVS mais il est évident que des spécialistes devront revoir chacun des cas et en particulier les expositions possibles des parents et des enfants considérés.

Par ailleurs, le comité d'experts doit se prononcer sur la question de la mise en place d'un suivi biologique des enfants.

ANNEXE

   RETOUR SUR LE RAPPORT DE MAI 2000

1/ Nos doutes concernant certaines analyses

  • les travaux de l'OPRI ont montré la non-validité des analyses en radioisotopes. En particulier l'absence du cadmium 109 !
  • de la même façon on peut se poser des questions sur les analyses chimiques effectuées par le même laboratoire, par exemple l'analyse des produits extraits dans le carottage S1 (rapport 1999-11/0581).

On s'étonne tout d'abord que tous les produits aient été identifiés, alors que dans l'analyse des extraits de sol sur Kodak-Sevran, il n'est pas rare que 70 à 80 % des molécules ne soient pas identifiées, ce qui est assez logique.
Par ailleurs l'activité bactérienne dans les sols est à dominante réductrice, d'où l'interrogation par rapport à l'identification de cétones (phorone, isophorone) dans les produits majoritaires.
On comprend mal enfin que ces même produits, à poids moléculaire relativement faible, ne se retrouvent pas dans l'air pompé sur le carottage S1 (rapport Gester 00/0184) !

Il nous semble évident, avec le recul, que d'autres analyses seront nécessaires.

2/ Que sont devenus les échantillons de sol prélevés en S1, S2, S3, et S5 ? Ils pourraient être immédiatement utilisés pour des analyses de contrôle. (cf. p-47 du rapport Gester 99/2078)

3/ Dans la cour de l'école, au sol, il y deux grilles d'aération des sous-sols. Aucun prélèvement d'air n'a été effectué à ce niveau. Il est difficile de croire qu'à cet endroit la circulation d'air ne se fait que de l'air libre vers le sous-sol.

4/ La DDASS a annoncé qu'elle avait fait procéder à des analyses d'eau, dont l'ensemble des résultats ne nous a jamais été communiqué, ce qui est contraire au souci de transparence affiché par les pouvoirs publics.

 
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