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Assemblée Nationale
Session ordinaire de 2000-2001 - 88ème jour de séance,
202ème séance
1ère SÉANCE DU mercredi 13 juin
2001
PRÉSIDENCE de M. Raymond FORNI
Avertissement : Version provisoire réalisée à
(heure)23:02 complétée au fur et à mesure du déroulement de la
séance.
La séance est ouverte à quinze heures.
QUESTIONS AU
GOUVERNEMENT
L'ordre du jour appelle les questions au
Gouvernement.
Passé trotskiste du Premier ministre
M. Hervé Morin - Répondant à M. Goulard le
5 juin , Monsieur le Premier ministre, vous avez assuré que vous
aviez eu un passé trotskiste (Murmures sur les bancs du groupe
socialiste) jusqu’à l’âge de trente-quatre ans, c’est-à-dire jusqu’en
1971 (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, du groupe
communiste et du groupe RCV). A chacun son passé. Or le Nouvel
Observateur, qui ne passe pourtant pas pour être hostile au
Gouvernement, annoncera demain que vous l’êtes resté jusqu’en 1982
(Mêmes mouvements), année où Pierre Lambert, relate l’hebdomadaire,
vous a même demandé d’organiser un congrès extraordinaire du parti
socialiste pour faire échec aux nouvelles orientations économiques du
gouvernement Mauroy. Vous avez donc menti la semaine dernière
(Exclamations sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et du
groupe DL ; protestations sur les bancs du groupe socialiste, du
groupe communiste et du groupe RCV). Ma question est donc
simple : avez-vous été, comme l’assure le Nouvel Observateur,
trotskiste et membre de l’Organisation communiste internationale jusqu’en
1982 ? Et lorsque François Mitterrand vous a appelé en 1981 aux
fonctions de premier secrétaire du parti socialiste, étiez-vous d’abord
membre du Parti socialiste, ou de l’Organisation communiste
internationale ? (Mêmes mouvements), ou encore, à égalité de
l’un et de l’autre ? (Applaudissements sur les bancs du groupe
UDF, du groupe du RPR et du groupe DL)
M. Lionel Jospin, Premier ministre -
J’ai répondu la semaine dernière et m’en tiendrai là. Maintenant si vous
persévérez dans cette thématique, sachez que chacun aura à se justifier
(Vives exclamations sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et du
groupe DL).
J’ai peut-être tardé à m’expliquer devant des
journalistes ; c’est quand même moins grave que de tarder à
s’expliquer devant les juges ! (Vifs applaudissements prolongés
sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe RCV)
Avenir des salariés de Bata France
M. Aloyse Warhouver - Ma question s’adresse à
M. le secrétaire d’Etat à l’industrie et concerne le sort des
salariés de Bata France, plus particulièrement du site de
Moussey-Bataville, situé dans ma circonscription.
M. le Président - Veuillez écouter
l’orateur.
M. Aloyse Warhouver - Cette question –grave– a
un lien direct avec la loi de modernisation sociale que nous allons voter
tout à l’heure.
J’entends dénoncer la brutalité avec laquelle a été
annoncé le dépôt de bilan et la procédure employée, à savoir l’envoi d’une
lettre anonyme aux responsables syndicaux. Le dépôt de bilan est
maintenant officiellement confirmé, et l’usine va être administrée sous
peu par un administrateur judiciaire.
Le canton de Réchicourt-le-Château, comme les
arrondissements de Sarrebourg, de Château-Salins et le Lunévillois ont
construit autour de la chaussure, dans les années 1930, une véritable cité
économique, l’usine étant implantée dans les champs. Celle-ci a, durant
longtemps, connu la prospérité, mais est aujourd’hui proche du déclin. Ses
salariés demandent des mesures urgentes. D’où mes questions. Pouvez-vous
demander à la direction internationale de Bata, à Toronto, de se maintenir
dans le capital, au moins pour le haut de gamme ? De quelles mesures
sociales les salariés peuvent-ils bénéficier en cas de plan de
licenciement ? Les accords CAATS négociés dans le textile peuvent-ils
être étendus à l’industrie du cuir ? Enfin, sachant que les Français
usent 250 millions de paires de chaussures par an, mais n’en
produisent que 70 millions, comment entendez-vous soutenir la filière
et l’émergence d’une économie nouvelle dans le sud mosellan ?
(Applaudissements sur les bancs du groupe RCV)
M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à
l'industrie - Le Gouvernement partage votre émotion et celle
des salariés de Bata. Les pertes de cette entreprise ont il est vrai
atteint 35 millions en 2000, et elle est victime de la crise que
connaît la chaussure, en France et en Italie. Elle a d’ailleurs déjà
licencié 277 personnes en 1997, mais la méthode utilisée par Bata
reste inacceptable et indigne d’un des leaders mondiaux, dont
l’implantation dans le pays est aussi ancienne. Je partage donc
l’exaspération des salariés devant la brutalité de la réponse. L’Etat pour
sa part fait son devoir, en soutenant un plan de formation ainsi que les
investissements et en favorisant l’adaptation de la filière aux
technologie de l’information. L’industrie textile vient de signer un
accord CAATS de cessation d’activité anticipée pour les travailleurs
salariés. J’encourage l’industrie du cuir et de la chaussure à faire de
même et l’assure du soutien du Gouvernement. L’Etat est très mobilisé,
qu’il s’agisse du sous-préfet de Sarrebourg, de l’Association pour
l’expansion industrielle de la Lorraine ou de la direction départementale
du Travail de Metz. Enfin, les représentants des salariés –dont je salue
la détermination– seront reçus à mon ministère à la fin de cette semaine,
et nous étudierons toutes les solutions possibles (Applaudissements sur
les bancs du groupe socialiste).
utilisation des excédents de la sécurité sociale
M. Jean-Claude Lenoir - La sécurité sociale
appartient aux assurés sociaux, non au Gouvernement. Gérée par les
partenaires sociaux, elle n’a pas à l’être par le Gouvernement. Or, voici
qu’elle devient la vache à lait d’un Gouvernement incapable de financer
ses réformes. Nous avons appris que celui-ci avait décidé de détourner ses
fonds pour financer le passage aux 35 heures. C’est un hold-up
inacceptable (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste et du
groupe RCV) contre une institution qui reste fragile. L’argent des
assurés est destiné aux retraites et aux remboursements de soins, non à la
réduction du temps de travail. La conjoncture économique commence
d’ailleurs à être moins favorable ; vous n’avez pas engagé la réforme
des retraites et les dépenses de l’assurance maladie ont augmenté de plus
de 100 milliards en quatre ans. Vous devez être bien mal à l’aise
pour insinuer comme vous l’avez fait hier que les partenaires sociaux
pourraient peut-être accepter de financer des politiques d’intérêt
général. La réponse ne s’est d’ailleurs pas fait attendre, nous le savons,
même si nous sommes aujourd’hui privés de quotidiens par le fait d’un
syndicat.
Nous vous demandons donc de renoncer à ce détournement, à
cette ponction sur la sécurité sociale : sa vocation n’est pas
d’assurer le pâturage idéologique et le labourage électoral du parti
socialiste (Applaudissements sur les bancs du groupe DL).
Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'emploi et de la
solidarité - Le vocabulaire auquel vous avez eu recours, et
qui emprunte à la fois au droit pénal et à un certain folklore rural, me
paraît pour le moins inapproprié à la question. C’est la politique
économique du Gouvernement qui, en créant des emplois, a permis à la
sécurité sociale de renouer avec les excédents et de passer d’un déficit
de 67 milliards en 1995 à un excédent de plus de 5 milliards,
voire sans doute de 8 milliards à la fin de cette année.
L’enregistrement d’un excédent trois années de suite nous autorise
effectivement à proposer aux partenaires sociaux de s’associer aux
politiques sociales qu’il permet d’envisager. Ils ont, il est vrai, fait
valoir auprès de nous la fragilité de ces excédents et la nécessité de
financer le fonds de réserve des retraites et la politique familiale.
Parce que nous les avons entendus, nous avons proposé de ne consacrer
qu’une petite part de l’excédent –réalisé notamment grâce aux
35 heures– à des politiques sociales innovantes en matière de
retraite, de famille, d’allégements des charges des entreprises dont je
vous rappelle que, contrairement à ce que vous tentez de faire croire,
elles ne sont pas toutes dues à la réduction du temps de travail.
Nous avons par ailleurs souligné qu’il n’est pas question
de prendre le risque de replonger la sécurité sociale dans le déficit.
Ces précisions étant apportées, j’espère que nous
pourrons reprendre une discussion dans la sérénité. Mais je le souligne
une fois encore ; il ne me paraît pas anormal que la sécurité sociale
consacre une partie des sommes qu’elle a recueillies grâce à la politique
menée en faveur de l’emploi au financement d’objectif d’intérêt
général.
POLITIQUE DES SERVICES PUBLICS DE l'Union européenne
M. Jean-Paul Dupré - J’associe à ma question mon
collègue Gérard Fuchs qui présentera demain son rapport. Nous savons nos
concitoyens, dans leur immense majorité, très attachés au service public,
qui est l’une des composantes majeures de l’aménagement du territoire.
Malheureusement, telle n’est pas la conception de la
Commission qui a cru bon de rédiger une directive postale réduisant à la
portion congrue le rôle des opérateurs publics, qui tient à accélérer
l’ouverture du marché de l’énergie et celle du marché ferroviaire, qu’il
s’agisse du trafic voyageurs ou du fret.
Il ne s’agit pas de renier l’engagement européen de la
France, mais de mettre un terme à ces dérives en consolidant le rôle des
services publics. Il appartient à la Commission de définir le cap, et aux
Etats membres de veiller à l’application des mesures décidées, dans le
respect de leur histoire. Des démarches en ce sens ont-elles été engagées
auprès de la Commission et de nos partenaires ? (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe
RCV)
M. Pierre Moscovici, ministre délégué chargé des
affaires européennes - Vous le savez, une importante
déclaration sur les services d’intérêt général a été adopté à Nice, sous
présidence française. Ce texte réaffirme l’intérêt des services publics
dans la stratégie globale de l’Union et souligne leur contribution à la
cohésion sociale et au développement durable. Par ailleurs, le champ des
SIG n’est pas figé, puisqu’il est explicitement indiqué qu’ils évolueront
avec les techniques.
Nous avons par ailleurs obtenu -ce qui ne fut pas facile-
la reconnaissance de ce qu’ils devaient bénéficier d’une sécurité
juridique, et de ce qu’il était légitime de compenser par des aides les
missions de service public. La place centrale des services publics a donc
été réaffirmée.
Cependant, il faut faire davantage, et le Gouvernement y
est résolu. A Stockholm déjà, nous nous sommes fermement opposés, comme
l’Allemagne, à l’accélération de l’ouverture du marché des transports, et
nous avons catégoriquement refusé la fixation d’un calendrier
contraignant.
Nous nous sommes par ailleurs prononcés en faveur d’une
directive sur le service public.
Le Sommet de Laeken, en décembre, sera l’occasion d‘un
premier bilan du Traité de Nice et de la déclaration. J’ai déjà pris
contact avec mon homologue belge, pour lui rappeler tout le prix que nous
attachions à la déclaration.
Comme vous, le Gouvernement considère que des services
publics efficaces et forts ont plus que jamais leur place au cœur de notre
projet européen (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste,
du groupe communiste et du groupe RCV).
grève des directeurs d’école
M. Patrick Ollier - Tout occupé que vous êtes
par votre campagne électorale permanente, (Rires sur les bancs du
groupe socialiste), Monsieur le Premier ministre, vous perdez la
maîtrise de vous-même (Huées sur les mêmes bancs) et vous oubliez
la dignité attachée à votre fonction (Mêmes mouvements). Nous avons
été choqués par l’étonnante perte de sang-froid qu’a suscitée la question
simple de notre collègue ; les Français apprécieront (Vives
protestations sur les mêmes bancs).
Ma question s’adresse à M. le ministre de l’éducation
nationale. Nul ne peut plus l’ignorer : la France connaît, depuis des
mois, des grèves permanentes dans tous les secteurs d’activité…
Plusieurs députés socialistes et communistes - C’est
la faute de Seillière !
M. Patrick Ollier - Le Gouvernement s’essouffle
et la majorité, qui se divise, n’est plus en mesure de trouver les
solutions aux problèmes des Français. A l’Education nationale, plus
précisément, il est stupéfiant qu’une grève puisse durer depuis près d’un
an sans que vous réagissiez : il est stupéfiant que 60 % des
directeurs et directrices de nos 53 000 écoles soient en grève
administrative depuis septembre 2000 sans que quiconque s’en émeuve. C’est
ainsi que des documents importants ne sont plus transmis aux services du
ministère, dont l’évaluation des élèves de CE2 et les fiches
prévisionnelles d’entrée en classe de 6ème, dans l’indifférence
générale !
Que demande cette catégorie de personnel ? Un
statut, des décharges de service, la revalorisation de la grille
indiciaire et une formation adaptée. On peut comprendre l’inquiétude des
parents, au moment où se prépare la prochaine rentrée scolaire, et l’on
peut comprendre, surtout, qu’ils ne s’expliquent pas votre silence. De
table ronde en table ronde, vous tournez en rond depuis dix mois, et vous
compromettez la qualité de l’enseignement public. A dire vrai, ce l’a rien
de très étonnant, puisque vous êtes en panne d’idées (Applaudissements
sur les bancs du groupe du RPR, du groupe UDF et du groupe DL).
M. Jack Lang, ministre de l'éducation
nationale – Je ne suis pas mécontent que vous abordiez ce
sujet, mais vous auriez pu le faire avec plus de sérénité et
d’objectivité. Je ne vous suivrai pas sur le terrain de la polémique, et
je n’aurai pas la cruauté de vous rappeler comment vous avez traité cette
question lorsque vous étiez aux affaires -en supprimant des postes
d’instituteurs et en distribuant des décharges de service au petit bonheur
la chance, instituant ainsi l’inégalité entre les départements. En bref
votre gestion a été désordonnée, brouillonne et confuse
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe
communiste et du groupe RCV ; vives protestations sur les bancs du
groupe du RPR, du groupe UDF et du groupe DL).
Je suis le premier depuis de longues années à avoir pris
ce problème à bras le corps (Exclamations sur les bancs du groupe du
RPR, du groupe UDF et du groupe DL) et, comme je suis soucieux de
l’intérêt général, j’ai souhaité mettre au point des solutions
raisonnables, par différentes voies, dont les tables rondes. Vous pouvez
vous en gausser ; mais j’espère que, d’ici quinze jours, nous
aboutirons, après des années d’impéritie, à une solution sage
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe
communiste et du groupe RCV).
soutien aux associations
Mme Jacqueline Fraysse - La célébration du centenaire
de la loi de 1901 sur les associations permettra de souligner l’apport
irremplaçable du mouvement associatif à la vie de la nation. Il mérite
d’être soutenu, et tout particulièrement dans ses missions au service de
la politique de la ville. Or, les quelque 15 000 associations qui s’y
consacrent connaissent des difficultés. Le Gouvernement, qui en était
conscient, a pris dès 1998 des dispositions visant à les aider ; deux
ans plus tard, les résultats sont très contrastés.
Hier, notre collègue Jean-Claude Sandrier a remis au
Premier ministre le rapport qui lui avait été demandé. Quel prolongement
le Gouvernement entend-il donner aux propositions qu’il contient, et dans
quel délai ? Les associations concernées sont impatientes de voir se
desserrer l’étaut qui entrave leurs activités ; elles souhaitent une
moindre complexité administrative, et aussi moins d’incertitude financière
(Applaudissements sur les bancs du groupe communiste, du groupe
socialiste et du groupe RCV).
M. Claude Bartolone, ministre délégué à la
ville - Je remercie M. Jean-Claude Sandrier pour son
excellent rapport, et je rends hommage à ces milliers d’hommes et de
femmes qui militent en faveur de la politique de la ville au sein
d’associations fortement mobilisées, désireuses de restaurer l’égalité des
chances par le soutien scolaire et l’amélioration de l’accès à la
culture.
Le Gouvernement n’est pas resté inerte. Il a, au
contraire, doublé les subventions allouées à ces associations, qui
s’élèvent à présent à 900 millions. Mais M. Sandrier souligne
que l’argent n’est pas tout, et que les associations veulent aussi être
reconnues, et ne plus devoir subir d’innombrables complexités
administratives. Les subventions leur seront versées dès mars, une
convention pluriannuelle sera signée qui stabilisera leurs finances
pendant 3 ans, et la politique du guichet unique sera amplifiée.
En septembre, à l’occasion du troisième festival de
Créteil, je réunirai les associations qui s’occupent de la politique de la
ville et, avec M. Sandrier, nous verrons ensemble les propositions à
retenir de ce rapport (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste et du groupe communiste).
société de l’information
M. Michel Destot - La société de l’information
peut être une chance si elle est bien organisée. Elle crée de l’emploi,
peut aider à la réinsertion sociale et, appréciée des jeunes, favoriser
l’éducation citoyenne.
Dès août 1997, le Premier ministre lançait à Hourtin un
programme d’actions, et une prise de conscience s’est manifestée au niveau
européen, lors du sommet de Lisbonne. Je m’en réjouis car nous avions pris
beaucoup de retard. Aux Etats-Unis, de 1995 à 1998, les technologies de
l’information ont permis de créer 6 millions d’emplois et en 2006 la
moitié des salariés travailleront dans des entreprises fortement
utilisatrices de ces matériels et de ces technologies.
Il faut encore amplifier le mouvement de rattrapage bien
amorcé, notamment en faveur des PME et des industries les plus créatrices
d’emploi. Monsieur le ministre de l’industrie, vous avez présenté ce matin
au conseil des ministres un projet de loi sur la société de l’information.
Quand allons-nous en débattre, et avez-vous de bonne nouvelles à nous
annoncer ?
M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à
l'industrie - Le projet adopté ce matin par le conseil des
ministres s’inscrit dans le programme de 1997 et transpose la directive du
8 juin 2000 sur le commerce électronique. Il s’agit de favoriser la
confiance sur les réseaux de transmission et d’assurer la liberté de
communication la plus large.
Nous voulons faciliter l’accès gratuit des citoyens au
numérique dans les administrations ; garantir la liberté des
communications en ligne en clarifiant la responsabilité des opérateurs
techniques ; rendre le commerce électronique plus sûr pour le
consommateur avec la règle du " double clic " ; faire mieux
respecter la vie privée en limitant l’intrusion de la publicité ;
adapter le système à l’euro.
Nous allons développer les réseaux à haut débit notamment
dans le monde rural pour assurer l’égalité des territoires, et lutter
contre la cyber-criminalité, grâce à une libéralisation très grande de la
cryptologie.
Ainsi nous favoriserons la croissance, qui dépend pour
20 % de ces technologies, et nous attendons
100 000 créations d’emploi chaque année dans ce secteur. Mon vœu
le plus cher est que ce projet soit discuté par l’Assemblée dès le début
de 2002 (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste).
consommation de drogue
M. Jean-Claude Lemoine - Monsieur le ministre de
la santé, vous avez déclaré vendredi dernier : " Il se consomme
autant de drogue, sinon plus, dans les matches de football que dans les
rave parties ". Sur quelle base vous appuyez-vous pour affirmer
cela ? S’il en est ainsi, quelles mesures concrètes le Gouvernement
a-t-il prises pour lutter contre la consommation croissante de produits
toxiques lors des matches de football ?
M. Bernard Kouchner, ministre délégué à la
santé - Lors des matches de football, des activités
vélocipédiques et autres activités sportives, oui -et cela a conduit la
ministre des sports à proposer une loi contre le dopage, admirée et
imitée- les sportifs consomment des produits particuliers, ce qui est
également le cas des spectateurs, quel que soit le spectacle. Je n’ai
stigmatisé ni une forme de spectacle ni une autre (Exclamations sur les
bancs du groupe du RPR et du groupe DL). J’ai simplement rappelé des
évidences sociologiques. Et si je peux me permettre d’insister, la
violence déclenchée lors de certains matches de football est sans commune
mesure avec celle se manifestant dans ces assemblées de jeunes gens qui
écoutent de la musique (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste et du groupe RCV ; huées sur les bancs du groupe du
RPR).
M. René André -
Incroyable !
logement des jeunes
Mme Odile Saugues - Les jeunes aspirent à
l’autonomie. Souvent elle passe par le logement. Mais ils sont en plus
victimes de la précarité et de l’exclusion. Les 18-25 ans ne représentent
que 10 % des locataires de HLM. Il faut donc imaginer une vraie
politique du logement pour les jeunes. Lors de la conférence de la
famille, le Gouvernement a annoncé des mesures très attendues, notamment
l’extension du dispositif LOCAPASS et la suppression de l’évaluation
forfaitaire des ressources au-dessous d’un certain plafond, pour
l’attribution des aides au logement des jeunes adultes, ainsi que des
mesures relatives aux foyers de jeunes travailleurs et au logement des
étudiants. Quel sera le calendrier d’application de ces mesures et quelles
sont les orientations de votre politique du logement en faveur des
jeunes ?
Mme Marie-Noëlle Lienemann, secrétaire d'Etat au
logement - Effectivement, pour les jeunes, l’autonomie c’est
d’abord trouver un logement. La conférence de la famille a pris des
décisions essentielles -je remercie Mme Royal pour son implication-
notamment en ce qui concerne l’évaluation forfaitaire de l’allocation
logement. Celle-ci était arbitrairement fixée, quel que soit le revenu du
jeune. Désormais, il sera tenu compte du niveau réel. D’autre part, les
jeunes ont du mal à fournir le dépôt de garantie et la caution qui leur
sont demandés. Le LOCAPASS lève ces obstacles tout en protégeant les
bailleurs.
Ce dispositif existe déjà pour les jeunes salariés mais
pas encore pour les étudiants et les jeunes qui n’ont pas un emploi
durable. Je souhaite en négocier l’extension pour tous les moins de
30 ans avec les partenaires du 1 % logement. Dès cette année le
nombre de bénéficiaires doublera et j’espère parvenir à la généralisation
du système en 2002.
En outre les foyers de jeunes travailleurs offriront
10 000 places supplémentaires en 5 ans et je prends l’engagement de
réaliser sur les six premiers mois de 2002 2 000 places de logements
pour étudiants (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du
groupe communiste et du groupe RCV).
retard de paiement de l’assurance
maladie
Mme Martine Aurillac - Madame la ministre de
l’emploi, depuis plus d’un an nous vous signalons que les feuilles de
soins s’accumulent dans les caisses d’assurance maladie, ce qui provoque
des retards de remboursement inacceptables, notamment pour les familles
les plus modestes. Au passage je trouve assez pittoresque de vous entendre
dire que les excédents de la sécurité sociale serviront au financement de
35 heures, mais devraient servir aussi à des tâches d’intérêt
général…
Il y a un an 13 millions de dossiers étaient en
souffrance ; après un nouveau pic en mai il y en a désormais
14 millions, et les délais atteignent plusieurs mois. Les mesures que
vous aviez annoncées il y a plus d’un an n’ont pas eu d’effet durable.
Qu’allez-vous faire pour éviter que de nouveaux records ne soient
battus ? (Applaudissements sur les bancs du groupe du RPR, du
groupe UDF et sur quelques bancs du groupe DL)
Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'emploi et de la
solidarité - Je suis comme vous préoccupée par l’allongement
des délais de remboursement des soins qui pénalise nombre de nos
concitoyens. Le directeur de la CNAM m’a fait savoir que ces difficultés
de liquidation des prestations étaient imputables pour partie au lancement
d’un nouveau système informatique, plus difficile à manier que le
précédent, et pour partie à la montée en charge insuffisante –notamment en
Ile-de-France– de la télétransmission des feuilles de soin. Ce dernier
phénomène est du reste lié au retard pris dans l’utilisation de la carte
Vitale. Il convient donc, et je profite de l’occasion qui m’est donnée de
le réaffirmer, d’inciter les Français à l’utiliser plus
systématiquement.
M. Robert Pandraud - Mais elle n’est pas encore
disponible partout !
Mme la Ministre - Face à ces difficultés, la CNAM a
permis aux caisses primaires de recruter massivement sur CDD pour aider
les liquidateurs à combler le retard. Les stocks de dossiers en souffrance
se sont ainsi stabilisés et l’on constate même une légère diminution de
leur nombre.
Au-delà de ces réponses d’urgence, je souhaite que la
négociation en cours sur les 35 heures permette de dégager des
solutions pérennes en proposant de nouveaux modes d’organisation
susceptibles de mieux répondre aux attentes des usagers
(Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe
socialiste).
École Franklin-roosevelt de Vincennes
M. Laurent Cathala - Monsieur le ministre de la
santé, plusieurs cas de cancer ont été détectés chez des enfants qui ont
fréquenté l’école Franklin-Roosevelt de Vincennes et la presse s’est fait
très récemment l’écho de nouveaux cas survenus chez des enfants qui ont
été scolarisés dans l’établissement ou qui résident à proximité. Je
rappelle qu’elle est construite sur un ancien site industriel, ce qui fait
redouter un risque d’exposition à des substances toxiques.
L’émoi de l’ensemble de la population est très vif car
chacun est fondé à se demander s’il n’existe pas un lien entre la
fréquentation du site et la survenue de telles pathologies. Dès lors,
pouvez-vous nous préciser la nature des données médicales qui ont été
recueillies et indiquer les actions que les pouvoirs publics entendent
mener pour assurer la protection des enfants du quartier
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe RCV et
du groupe communiste).
M. Bernard Kouchner, ministre délégué à la
santé - Je suis comme vous préoccupé par la situation qui
prévaut autour de l’école Franklin-Roosevelt de Vincennes et je comprends
l’inquiétude des familles.
Il ressort cependant des premières conclusions des
statisticiens et des épidémiologistes qu’aucune relation ne peut être
formellement établie entre la fréquentation du site et la survenue des
pathologies. Nous avons souhaité cependant approfondir les investigations.
Il apparaît ainsi que les cancers découverts ne sont pas de même nature,
ce qui conduirait à considérer que nous sommes confrontés à un cas de
figure " habituel " de ce genre de pathologies. Il semblerait
donc que l’ancien site des usines Kodak ne présente pas de risque
particulier d’exposition à des radiations. Depuis deux ans, nous avons
cependant demandé à l’Institut de veille sanitaire, à l’OPRI et à la DDASS
de poursuivre les recherches et les conclusions rendues en juin 2000
confirment que rien ne permet de suspecter l’existence d’un lien entre la
fréquentation du site et le développement de la maladie. Les trois
derniers cas constatés nous ont toutefois conduits à ne pas relâcher la
vigilance et des études complémentaires sont en cours.
Dans un souci de transparence, nous avons ainsi demandé
au préfet de mettre en place les structures de surveillance habituelles en
pareil cas. Un comité scientifique a été constitué et il agit en liaison
constante avec le collectif des parents d’élèves et des riverains.
L’INERIS s’attache de même, dans des conditions rendues difficiles par la
dispersion des anciens élèves, à conduire une étude épidémiologique
portant sur plus de mille enfants. Enfin, une cellule d’assistance
pédopsychiatrique a été constitué et les médecins du quartier ont été
sensibilisés aux techniques de détection d’éventuels nouveaux cas.
Pour répondre à l’inquiétude légitime des familles, le
maire a décidé de transférer dès la rentrée prochaine les activités
d’enseignement de l’établissement dans des locaux provisoires et je me
tiens pour ma part à la disposition de tous ceux qui le souhaitent pour
leur fournir des informations complémentaires (Applaudissements sur les
bancs du groupe socialiste, du groupe RCV et du groupe
communiste).
position des états-Unis sur le protocole de
kyoto
M. Yves Cochet - Monsieur le Premier ministre,
vous participerez vendredi et samedi prochains au sommet européen de
Göteborg sur le thème : quelle stratégie européenne pour le
développement durable ? Demain, vous allez également rencontrer le
président George W. Bush et l’on peut dire qu’il subsiste
quelques sujets de divergence entre Américains et Européens, notamment
pour ce qui concerne l’application du protocole de Kyoto et la lutte
contre l’effet de serre.
En résumé, l'Union européenne estime que le risque
climatique est suffisamment sérieux pour que l’on mette en œuvre sans
attendre le protocole de Kyoto ; la nouvelle administration
américaine minimise quant à elle le risque climatique, récuse le protocole
de Kyoto et s’attache presque exclusivement à défendre les intérêts
pétroliers américains. Dès la conférence de La Haye de novembre dernier,
l’administration Clinton avait du reste laissé entrevoir que les
préoccupations écologiques américaines étaient moindres que celles de
l’Europe.
Avez-vous, Monsieur le Premier ministre, l’espoir –et
surtout la méthode- pour convaincre le président Bush que les
Etats-Unis doivent ratifier et mettre en œuvre le protocole de
Kyoto ? (Applaudissements sur les bancs du groupe RCV, du groupe
socialiste et du groupe communiste)
M. Pierre Moscovici, ministre délégué chargé des
affaires européennes - Le changement climatique constitue en
effet l’un des défis majeurs pour les années à venir et par rapport à cet
enjeu, l’attitude américaine nous semble extrêmement préoccupante. Le
groupe intergouvernemental d’experts nous pousse à agir vite. Les
Européens sont du reste convaincus qu’il faut achever les négociations sur
la mise en œuvre du protocole de Kyoto pour qu’il puisse être appliqué dès
2002. Il n’est donc plus temps de renégocier ce qui existe déjà mais de le
mener à bien. Dès lors, la participation des Américains au processus de
Kyoto est indispensable car ils sont à eux seuls responsables d’au moins
un quart des émissions de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, la
dénonciation du protocole de Kyoto par les Etats-Unis est une funeste
nouvelle.
Le président Bush rencontre demain soir les membres du
conseil européen et les autorités françaises ont un double message à lui
adresser : un message de fermeté, tendant à le prier instamment de
s’attacher à réduire les émissions de gaz à effet de serre, et un message
d’ouverture, visant à ouvrir le dialogue pour relancer le processus de
Kyoto. Nous espérons des Etats-Unis un dialogue plus coopératif et une
politique moins unilatéraliste (Applaudissements sur plusieurs bancs du
groupe socialiste).
éfficacité de la dépense publique
M. Jean-Jacques Jégou - Monsieur le ministre de
l’économie et des finances, le récent débat d’orientation budgétaire a
révélé un certain nombre de carences dans la gestion gouvernementale et
suscité plusieurs interrogations qui sont restées sans réponse. Il semble
du reste que vous ayez pris la fâcheuse habitude de traiter par le mépris
les questions de l’opposition qui mettent en évidence vos
défaillances.
Ainsi, en 2002, les charges de fonction publique
–salaires et pensions– atteindront plus de 700 milliards, soit plus
de 40 % du budget de l’Etat et elles ont augmenté de
100 milliards depuis 1997. Malheureusement, ce dérapage des dépenses
ne se traduit pas pour nos concitoyens par un Etat plus proche ou plus
performant. Un récent rapport de la Cour des comptes dénonce cette absence
totale de gestion, qui emporte au moins trois conséquences
immédiates : des fonctionnaires qui ne savent plus où va leur
administration tant leurs missions deviennent opaques, une inefficacité
grandissante de services publics qui ne répondent plus aux attentes de nos
concitoyens ; un coût pour les contribuables qui échappe à toute
maîtrise, sachant que les nouveaux départs à la retraite prévus dans les
années à venir ne sont pas budgétisés. Ce n’est pas l’Etat qui est malade
de ses fonctionnaires, mais les fonctionnaires qui sont malades d’un Etat
pléthorique, omnipotent, inefficace et dépensier. Quand réussirez-vous à
convaincre le Gouvernement de la nécessité de maîtriser les dépenses et
d’être plus efficace ? (Applaudissements sur les bancs du groupe
UDF)
M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des
finances et de l'industrie - Il est vrai que la
fonction publique représente des dépenses considérables, à la mesure de
l’importance des fonctionnaires dans notre société. Vous-même réclamez
d’ailleurs toujours de nouveaux postes, aujourd’hui pour les directeurs
d’école, demain pour d’autres. Qui voudrait diminuer le nombre de
professeurs dans l’éducation nationale ? Et pourtant, les sommes
correspondantes s’élèvent à 400 milliards de francs.
Il faut donc que l’Etat soit efficace. Mais on ne peut
proclamer qu’il faut sabrer dans les dépenses publiques au moment même où
on inaugure une infrastructure comme le TGV et où on se félicite de
l’importance du service public dans le pays ! (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste, du groupe RCV et sur quelques bancs du
groupe communiste) S’il faut donc éviter toute démagogie anti-services
publics, en revanche, pour rester efficace, conforter l’emploi durable et
poursuivre les baisses d’impôts, il est hors de question de dépenser à
tout va. Il faut trouver un point d’équilibre, et c’est ce que nous
entendons faire dans le budget. En effet, alors que la croissance, même
moindre que prévu, restera substantielle, les dépenses en volume de l’Etat
n’augmenteront que de 0,5 %, c’est-à-dire que leur part dans la
richesse nationale continuera de baisser. Vous me trouverez ainsi,
Monsieur le député, toujours à vos côtés pour travailler en faveur de
l’emploi et de la solidarité et contre la démagogie (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste et du groupe RCV).
modernisation sociale -deuxième lecture-
(suite)
L'ordre du jour appelle les explications de vote et
le vote, par scrutin public, sur l’ensemble du projet de loi de
modernisation sociale, en deuxième lecture.
Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'emploi et de la
solidarité - Je voudrais d’abord remercier l’ensemble des
groupes pour le travail qu’ils ont effectué sur ce texte, et plus
particulièrement le président et le rapporteur de la commission des
affaires sociales, MM. Le Garrec et Terrier, ainsi que les
présidents des groupes de la majorité plurielle qui ont contribué à
élaborer un accord.
Un député RPR - Merci Monsieur
Gremetz !
Mme la Ministre - Ce texte comporte d’importantes
avancées sociales.
Il améliore notre système de santé par l’instauration
d’un projet social au sein des hôpitaux, par le renforcement de la qualité
des soins et par la réforme des études médicales. Il crée plus de
solidarité à l’égard des plus démunis avec la création d’un statut des
accueillants familiaux pour les personnes âgées et les personnes
handicapées et avec le renforcement de la couverture maladie des Français
à l’étranger.
Il favorise le respect de la dignité des salariés en
introduisant pour la première fois dans notre droit des mesures pour la
répression et la prévention du harcèlement moral (Applaudissements sur
les bancs du groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe
RCV).
Il limite l’emploi précaire en luttant contre le recours
abusif aux contrats à durée déterminée et à l’intérim. Il permet de
valider les acquis professionnels. Ainsi, les emplois jeunes vont pouvoir
utiliser leurs cinq ans d’expérience pour passer des concours spécialement
créés pour eux dans la fonction publique, ou poursuivre sur le marché du
travail.
Ce texte renforce également la prévention des
licenciements économiques, par l’amélioration du contrôle des salariés sur
les projets de l’employeur, par l’obligation de proposer des mesures
alternatives aux licenciements et par celle du reclassement préalable,
ainsi que par la reconnaissance là aussi pour la première fois, de la
responsabilité des entreprises vis-à-vis des territoires où elles sont
implantées. Nous avons hier soir fait progresser la démocratie dans
l’entreprise en définissant de façon plus précise le licenciement
économique et en reconnaissant au comité d’entreprise le droit de
s’opposer au projet et de recourir à un médiateur. J’ajoute enfin que ce
projet abroge la loi Thomas sur les fonds de pension pour préserver notre
régime de retraite par répartition.
L’adoption de ce projet de loi est attendue par nos
concitoyens, auxquels il garantit de nouveaux droits sociaux, et j’espère
qu’elle sera massive.
Le souci constant de la majorité plurielle a été de
trouver les meilleures voies de réformes pour répondre aux préoccupations
légitimes de nos concitoyens et des salariés.
Il est certainement possible d’aller plus loin encore
dans la démocratie sociale. Nous avions amorcé un mouvement dans cette
direction lors des débats parlementaires sur l’épargne salariale et sur
les " nouvelles régulations économiques ". J’ai fait des
propositions pour engager cette réforme de fond.
J’ai donc proposé aux partenaires sociaux d’ouvrir le
chantier de la " démocratie sociale ". Début juillet, la
réflexion s’engagera sur les moyens de renforcer la place des
représentants des salariés dans l’entreprise en redéfinissant les règles
de la négociation collective et en donnant à ses acteurs des moyens
d’action suffisants.
J’ai par ailleurs proposé à tous les groupes de
l’Assemblée nationale et du Sénat qui le voudront, d’engager une réflexion
sur la place des salariés dans les entreprises et sur leur représentation
dans les organes de direction. Une première réunion aura lieu début
juillet. Je souhaite également que le Conseil économique et social soit
saisi sur cet important sujet.
Le Gouvernement souhaite engager la modernisation des
relations sociales en France, pour que le progrès économique que connaît
notre pays depuis près de quatre ans se prolonge par un progrès marquant
de la démocratie sociale. Je suis persuadée que ce projet de loi est une
étape déterminante dans cette voie (Applaudissements sur les bancs du
groupe socialiste, du groupe communiste et du groupe
RCV).
explications de vote
M. Hervé Morin - Ce débat a occupé de longues
nuits, et M. Gremetz y a longuement participé. Je ne rappellerai donc
que les éléments majeurs qui motivent le vote négatif de l’UDF.
Ce projet a été annoncé avec de grands effets par le
Premier ministre à la suite de propos malheureux qu’il avait tenus à la
télévision et selon lesquels la politique ne pouvait rien aux
licenciements réalisés chez Michelin. En voulant se rattraper, il a
rejoint ce travers bien français de penser que la loi pouvait tout régler.
Aucune inspiration, aucun souffle ne traversent donc ce texte. On a vu que
la plupart des amendements déposés par le rapporteur et le Gouvernement se
contentaient d’expliquer qu’ils reprenaient la jurisprudence de la Cour de
cassation. A quoi sert donc le Parlement ? Ailleurs, ce sont des
termes qui changent : des plans sociaux deviennent ainsi des plans de
sauvegarde pour l’emploi, sans que cela change quoi que ce soit pour les
salariés de Moulinex. Enfin, on alourdit, on complique, on crée des
procédures, des rapports et des réunions, mais rien qui soit un pas vers
la modernisation. L’UDF avait fait des propositions novatrices concernant
la co-responsabilité, dans certains domaines : l’actionnariat
salarié, l’hygiène et la sécurité, la procédure des plans sociaux par
exemple. Bref, un système à l’allemande, où le chef d’entreprise et le CE
s’entendent et où la procédure est simple. Nous avons proposé aussi de
renforcer les syndicats, en instituant par exemple un chèque syndical,
d’ouvrir à tous les salariés un droit à la formation permanente, qui
apporterait la meilleure garantie pour l’emploi dans un monde où il est
fatal que des entreprises meurent tandis que d’autres naissent. Je veux
relever encore la schizophrénie du Gouvernement, qui se targue volontiers
des succès de l’emploi mais rejette les échecs sur les
entreprises...
Un député socialiste – Vous faites juste
l’inverse !
M. Hervé Morin - Et dénoncer enfin la palinodie
à laquelle nous avons assisté cette nuit : on a essayé de regonfler
le groupe communiste pour couper les ailes à Krivine et Laguiller.
Un député socialiste – Ce sont vos nouvelles
références ?
M. Hervé Morin - Pour arriver à ce résultat, on
n’a pas craint de créer une insécurité juridique –même si pour l’essentiel
vous avez seulement repris la jurisprudence de la Cour de cassation. Vous
avez fait mine de créer un droit d’opposition du CE…
Mme Odette Grzegrzulka - Tout ça est bien
confus.
M. Hervé Morin - Enfin, Mme Guigou a dit le
contraire de ce qu’elle soutenait il y a quinze jours.
En réalité ce projet compliquera la vie des entreprises,
alors que notre balance des investissements directs est déjà déficitaire
de 900 milliards. On ne réduira pas le nombre des licenciements, on ne
protégera pas mieux les salariés, mais on freinera les embauches. Cette
" loi de modernisation " est en réalité une nouvelle
manifestation de l’archaïsme gouvernemental, et en fait de " grande
loi ", ce sera un grand flop. (Applaudissements sur les bancs du
groupe DL, du groupe UDF et du groupe du RPR).
M. Alain Bocquet - Les députés communistes
voteront aujourd’hui pour le projet de loi de modernisation sociale
(Quelques applaudissements ironiques sur les bancs du groupe UDF, du
groupe DL et du groupe du RPR). A l’issue d’un report de quinze jours,
décidé par le Premier ministre, à la demande de Robert Hue, le texte n’est
plus le même en effet.
La prévention des licenciements abusifs est essentielle à
nos yeux. Les salariés menacés de plans de suppression d’emplois, mais
aussi une majorité de l’opinion publique ont manifesté leur refus des
licenciements boursiers. Les manifestations de Calais et de Paris ont
attesté la détermination du mouvement social. Aussi étions-nous
particulièrement attachés à une redéfinition plus stricte des motifs du
licenciement économique et à l’instauration d’un droit d’opposition pour
les comités d’entreprise et les institutions représentatives du personnel.
Sur ces deux points, des dispositions fondamentales et innovantes ont été
inscrites dans le code du travail.
L’amendement du Gouvernement, sous-amendé par notre
groupe, a permis d’aboutir à une rédaction précise et limitative de
l’article 321-1, le licenciement économique devenant un recours
ultime.
Du reste, ce matin, la presse économique mesure la portée
de ces amendements. Ainsi, lit-on dans l’édition électronique des
Echos : " Autant dire qu’en réalité les licenciements de
compétitivité, tels ceux que prépare Danone sur LU, seront nettement plus
difficiles à partir de la fin de l’année, une fois que la loi aura été
promulguée " (Applaudissements sur les bancs du groupe
communiste).
Sur le pouvoir de contestation attribué aux représentants
des salariés en vue de faire prendre en compte des propositions
alternatives aux projets de restructuration, des progrès notables ont été
accomplis, puisque le comité d’entreprise pourra exercer un droit
d’opposition à caractère suspensif et, le cas échéant, recourir au
référé.
Le Gouvernement a tenu compte de nos préoccupations, et
les mesures adoptées donneront des outils précieux aux salariés et à leurs
représentants. Autant de points d’appui à l’heure où les gros actionnaires
et les fonds spéculatifs s’apprêtent une fois de plus à comprimer les
coûts salariaux pour maintenir leurs taux de profitabilité. Ce ne sont pas
moins de 430 plans de licenciement qui menacent aujourd’hui de
déchirer le tissu social de nos régions.
Cela dit, nous ne nous estimons pas quittes. Vous avez
promis, Madame la ministre, d’ouvrir le chantier de la démocratie sociale
dans un nouveau projet de loi, et il convient de prendre des dispositions
pour faire respecter la loi sur les instances représentatives du
personnel, instaurer un statut d’élus salariés siégeant dans les conseils
d’administration ou de surveillance, ou encore instituer la règle de la
majorité syndicale dans les accords.
Mais aujourd’hui nous apprécions d’autres avancées
contenues dans ce projet de loi, et dont plusieurs font écho à nos
propositions, telles que la transcription législative du protocole
d’accord obtenu par les personnels hospitaliers, l’abrogation de la loi
Thomas sur les fonds de pension, la validation des acquis professionnels
ou la reconnaissance du délit de harcèlement moral.
Après l’adoption de la loi sur le contrôle des aides
publiques aux entreprises, dont les décrets viennent d’être publiés, les
députés communistes ont une nouvelle fois fait la preuve de l’utilité de
leur détermination. Disponibles et résolus nous entendons, au sein de la
majorité plurielle, prolonger notre action à l’écoute et au service du
monde du travail, et de tous les hommes et femmes qui refusent le règne
cynique de l’agent roi (Applaudissements sur les bancs du groupe
communiste).
M. François Goulard - Je commencerai par lire
une dépêche de ce matin. " J’aimerais bien que le Gouvernement cesse
de prendre des décisions sans une concertation poussée avec les
organisations syndicales quand il traite de questions économiques et
sociales. On va adopter aujourd’hui des mesures qui n’étaient pas
forcément souhaitées par les syndicats, et on n’a rien prévu pour faire
face aux licenciements les plus nombreux, ceux qui se produisent dans les
petites entreprises, et pas forcément pour des motifs économiques ".
C’est le secrétaire général de la CGT qui s’exprime ainsi
(" Ah ! " sur les bancs du groupe UDF, du groupe
DL et du groupe du RPR).
Sur ce point, je suis d’accord avec la CGT. Nous pensons,
nous aussi, que les règles organisant les relations sociales doivent être
le produit de la négociation collective, en particulier dans ce domaine
des licenciements et des plans sociaux. Le droit du travail ne doit pas
être l’enjeu de médiocres marchandages internes à la majorité, et il est
pitoyable de voir un gouvernement soumis à la surenchère d’un parti qui
veut se refaire une santé électorale après son effondrement des
municipales (Applaudissements sur les bancs du groupe DL, du groupe du
RPR et du groupe UDF).
Certes le PC a dû abdiquer l’essentiel de ses
revendications initiales. Sans doute avez-vous réaffirmé à juste titre,
Madame la Ministre, que le chef d’entreprise doit pouvoir décider seul en
matière de licenciements. Mais vous avez bien dû consentir quelques
concessions (Ah ! bancs du groupe communiste). Cette loi
produit un droit du travail illisible, instable, complexe, elle n’évitera
aucun licenciement, mais contribuera à dissuader les entreprises de
s’installer chez nous –et au bout du compte, c’est l’emploi qui en pâtira.
(Applaudissements sur les bancs du groupe DL, du groupe UDF et du
groupe du RPR).
M. Jean Le Garrec - Je vous remercie, Madame la
Ministre, d’avoir rappelé les dispositions importantes que ce projet
contient, comme la création du statut de famille accueillant des personnes
âgées ou handicapées, la réforme des études médicales et l’introduction
d’une spécialité de médecine générale, le délit de harcèlement moral.
La deuxième chance offerte aux salariés avec la
validation des acquis professionnels et la lutte contre la précarité
-grâce notamment à l’allongement du délai de carence entre deux contrats
précaires- organisent une révolution tranquille…
Je remercie tout particulièrement les deux rapporteurs,
M. Nauche pour la partie santé, solidarité et sécurité sociale et
M. Terrier pour la partie travail, emploi et formation
professionnelle.
S’agissant du titre II, nous avions adopté dès la
première lecture des dispositions importantes sur le renforcement du rôle
du comité d’entreprise, le contenu du plan de sauvegarde de l’emploi,
l’obligation de consultation et d’information préalable. Contrairement aux
allégations de M. Goulard, nous portons un regard attentif sur les
petites entreprises avec, notamment, le doublement des indemnités
légales.
On ne peut cependant nier que l’annonce de nombreux plans
de licenciement dans une période de croissance soutenue a créé un choc,
suscitant l’incompréhension de l’opinion publique, l’angoisse et la colère
des salariés et le refus d’admettre que les licenciements soient l’unique
variable d’ajustement. Dès lors, il fallait évidemment revenir sur le
texte et vous l’avez fait, Madame la ministre, avec les groupes de la
majorité. Ce débat est des plus difficiles, tant la recherche du point
d’équilibre entre les intérêts plus que légitimes des salariés et les
nécessités de l’entreprise dans un monde furieusement concurrentiel est
délicate. Trois amendements déposés par le Gouvernement en deuxième
délibération et trois sous-amendements du président Bocquet et du groupe
communiste et apparentés ont répondu à ce souci en renforçant le rôle du
comité d’entreprise, en introduisant la possibilité de propositions
alternatives et un droit d’opposition -qui n’est pas un droit de veto- et
la saisine d’un médiateur, et en modifiant l’article 321, alinéa premier,
qui définit le licenciement économique. Je suis convaincu, compte tenu de
mon expérience professionnelle et politique, qu’opposer la dimension
sociale et le développement économique de l’entreprise est une erreur et
le sera de plus en plus.
Le travail qui a été mené dans la concertation et la
réflexion amène naturellement le groupe socialiste à apporter tout son
soutien au Gouvernement et à voter ce texte extrêmement important
(Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe
communiste).
M. Jean Ueberschlag - Nous assistons depuis
quelques semaines, autour de ce projet de loi, à un vaudeville dont la
mise en scène est savamment orchestrée par le groupe communiste.
Les conditions d’examen de ce texte constituent à elles
seules un véritable roman : déposé il y plus d’un an, ce projet de
loi a été mis en sommeil, puis vidé de 22 de ses articles, essaimés au gré
de textes divers ; repris en janvier, il sert de canevas au premier
plan anti-licenciement bâti à la hâte par un Gouvernement dépassé par les
annonces successives de plans sociaux. A l’issue de la première lecture,
il a été totalement transformé par l’adoption de nombreux amendements, qui
font de lui un véritable " fourre-tout ". L’échec des
communistes aux municipales et les pressions de l’extrême-gauche
conduisent le Gouvernement à lever l’urgence qu’il avait déclarée sur ce
texte, puis à tenter de contenir le groupe communiste, pour finir, sous sa
pression, par reporter le vote en raison du risque d’éclatement -très
médiatisé- de la gauche plurielle.
Le projet de loi de modernisation sociale n’est donc rien
d’autre qu’un texte à géométrie variable en fonction du climat
social : amendements Michelin, Marks & Spencer, Danone, et
gageons que d’ici à son adoption définitive à l’automne, le texte
connaîtra d’autres avatars.
Hier encore, tout au long de la journée, la majorité nous
a donné un triste spectacle (Exclamations sur les bancs du groupe
socialiste et du groupe communiste). Multiplication des conciliabules,
commissions des affaires sociales annulées et reportées… Les tractations,
humeurs et petites phrases étaient de mise dans cette " journée de
dupes " menant à un dénouement au suspens éventé. Car dans tout
vaudeville, tout le monde finit par s’entendre.
L’enjeu, n’en doutons pas, est moins la défense des
salariés que la survie du parti communiste face à l’extrême-gauche et le
rapport de forces entre les diverses composantes de la majorité plurielle
à l’aube d’une période électorale, et le discours se fait émotionnel.
Rendre plus coûteux, difficiles, longs et contraignants
les restructurations et les plans sociaux, c’est donner un alibi aux
délocalisations et aboutir finalement à l’effet contraire de celui qui est
recherché (Exclamations sur les bancs du groupe socialiste, du groupe
communiste et du groupe RCV).
M. le Président - Ne cédez pas à
l’émotion !
M. Jean Ueberschlag - C’est pourtant la voie que
vous avez choisie avec les trois amendements adoptés hier soir, qui vont
allonger les délais et compliquer les procédures, mais aussi multiplier
les dédales juridiques. Le président du PRG lui-même estime que cela ne va
pas dans le bon sens.
Entre la malencontreuse déclaration d’impuissance du
Premier ministre en 1999 face aux annonces de restructurations chez
Michelin et la surenchère à laquelle nous assistons aujourd’hui, il y a un
juste milieu… que vous n’avez pas trouvé.
Notre droit du travail et une jurisprudence innovante
assurent déjà aux salariés français une des meilleures protections qui
soient en Europe en matière d’accompagnement social des restructurations
industrielles.
En pratiquant l’amalgame entre les situations très
différentes qui peuvent conduire à des restructurations et à des plans
sociaux, vous commettez une grave erreur, car ce qui est acceptable pour
un grand groupe -certains d’entre eux vont déjà au-delà des obligations
légales en matière de formation, d’indemnisation et de reclassement- n’est
pas supportable pour la plupart des entreprises moyennes qui constituent
notre tissu économique.
Des mois de procédure, le blocage de toute possibilité de
restructuration, c’est la certitude que l’entreprise disparaîtra. Quel
bénéfice pour les salariés ?
Comme tout organisme vivant, l’entreprise doit évoluer
pour ne pas mourir. Il y aura toujours des entreprises qui licencieront,
qui restructureront, qui disparaîtront. Ce qui est important, c’est que
pour un emploi supprimé un emploi nouveau ou plusieurs soient créés. Il
faut pour cela inciter les entreprises étrangères à s’installer chez nous.
Or notre pays détient déjà la palme des rigidités légales et s’y ajoute
maintenant le casse-tête des 35 heures !
M. le Président - Veuillez conclure.
M. Jean Ueberschlag - J’ajoute simplement que
corseter les licenciements, c’est condamner les créations d’emplois.
Martine Aubry n’a-t-elle pas déclaré que " sanctionner ou interdire
n’a aucun sens économique et social " ? Les modifications qui
viennent d’être apportées au volet anti-licenciement du projet de loi de
modernisation sociale relèvent avant tout du calcul politique. Le groupe
RPR votera donc contre ce texte (Applaudissements sur les bancs du
groupe du RPR).
M. Jean-Pierre Chevènement - J’interviens au nom
des députés du Mouvement des Citoyens. Je vous indique que les radicaux de
gauche voteront en faveur du projet de loi, et que les Verts
s’abstiendront.
La vague de licenciements opérés sans justification
industrielle par plusieurs grands groupes, la multiplication des plans
sociaux et des licenciements boursiers et la dictature des gestionnaires
de fonds qui exigent des taux d’intérêt à deux chiffres mènent à un
déséquilibre accru entre le capital et le travail et à des inégalités
renforcées. Nous renouons avec l’archéo-libéralisme du XIXe
siècle et la concentration des gains de pouvoir d’achat sur une minorité
tandis que les trois quarts des salariés voient leurs revenus stagner,
voire diminuer. Notre modèle de l’économie de marché est remis en cause.
Face à la révolte des salariés, et à une large solidarité des Français, le
Gouvernement a voulu apporter une réponse. C’est lui, je tiens à le
souligner, qui a choisi d’utiliser pour ce faire un projet de loi. Or il
ne semble pouvoir proposer que quelques mesurettes qui permettront tout au
plus de freiner la machine à broyer les emplois.
Un député DL - Ce discours a été écrit par
Lambert ! (Rires)
M. Jean-Pierre Chevènement - La dictature des
marchés financiers n’est pas tombée du ciel ! Elle s’est imposée
parce que les gouvernements successifs ont lâché les leviers de commande,
et consenti au traité de Maastricht qui a interdit toute politique
contraire aux lois de la concurrence. Ils ont consenti, aussi, à une
banque centrale européenne indépendante, et à une cour de justice dont la
seule préoccupation est d’imposer le dogme libéral, sans même parler de
l’OMC, qui a transformé la planète en supermarché. A elle seule, la
Déclaration de Lisbonne symbolise l’absence totale d’ambition sociale pour
l’Europe.
Dans l’Union ainsi conçue, l’actionnaire est roi, et le
citoyen disparaît. Il ne suffit pas d’en appeler au boycott des produits
Danone ! Il ne suffit pas, non plus, de renforcer les instances
représentatives du personnel –mais cette démarche se comprend, dans une
optique libérale, qui n’a rien à voir avec le point de vue républicain.
Jaurès, déjà, soulignait qu’il appartient à l’Etat de définir l’intérêt
général, et, de fait, l’Etat doit jouer son rôle d’arbitre.
On peut, bien sûr, décider de faire intervenir le
juge ; mais outre que la judiciarisation complique la vie des
entreprises, elle met l’Etat aux abonnés absents. Or, Bruxelles se
limitant à vérifier la conformité de ce qui est fait avec les lois de la
concurrence, les citoyens attendent légitimement de l’Etat qu’il joue son
rôle, et ne se défausse pas de ses responsabilités.
Nous avions déposé un amendement, qui ne visait pas à
rétablir l’autorisation administrative de licenciement, dont l’expérience
a montré qu’elle était pratiquement toujours accordée, au moins
passivement, mais à rendre obligatoire la déclaration des plans de
licenciements de plus de 500 personnes, ou lorsqu’ils portaient sur
des projets majeurs. Cet amendement a été rejeté.
M. Jean-Claude Lefort - Il n’a pas été
défendu !
M. Jean-Pierre Chevènement - Ce projet
d’inspiration libérale, n’est donc pas à la hauteur des enjeux, puisqu’il
fait de l’Etat le simple garant du respect du droit de la concurrence.
C’est pourquoi les députés du MDC voteront contre ce texte, comme ils
l’avaient fait, en mai 2000, lorsqu’ils avaient dû se prononcer sur le
projet relatif aux nouvelles régulations économiques, qui repose sur les
mêmes conceptions et qui n’apporte pas davantage de solutions aux
problèmes posés par la mondialisation libérale (Applaudissements sur
plusieurs bancs du groupe RCV).
Par 304 voix contre 253, sur 564 votants et 557 suffrages
exprimés, l’ensemble du projet de loi est adopté.
La séance, suspendue à 16 heures 50 est reprise à 17
heures 10 sous la présidence de Mme Lazerges.
PRÉSIDENCE de Mme Christine LAZERGES
vice-présidente
DéMOCRATIE DE
PROXIMITé
Mme la Présidente - M. le Premier ministre
m’informe que le Gouvernement déclare l’urgence sur le projet de loi
relatif à la démocratie de proximité
L’ordre du jour appelle la discussion, après
déclaration d’urgence, du projet de loi relatif à la démocratie de
proximité.
M. Daniel Vaillant, ministre de
l'intérieur - Ce projet est la première traduction
législative de la nouvelle étape de la décentralisation annoncée par
M. le Premier ministre le 27 octobre dernier à Lille. J’y
insiste, le Gouvernement ne compte pas s’arrêter là.
Le contenu du projet a été précisé à plusieurs reprises,
notamment lors du débat d’orientation sur la décentralisation que
l’Assemblée a tenu le 17 janvier dernier, et lors duquel nombre d’entre
vous ont dit comment ils concevaient l’avenir de la décentralisation vingt
ans après la loi du 2 mars 1982.
Avant de revenir sur ce projet –et Mme Voynet, que je
salue, le fera avec moi car elle a eu l’initiative d’une de ses parties–
rappelons qu’en octobre 1999 le Premier ministre avait chargé Pierre
Mauroy, initiateur de la première loi avec Gaston Defferre, de présider
une commission sur l’avenir de la décentralisation. Dans son rapport,
déposé le 17 octobre dernier, il présente 154 propositions pour une
décentralisation plus légitime, plus efficace, plus solidaire et plus
citoyenne.
A partir de ce rapport, le Gouvernement a dégagé six
priorités.
D’abord, nous devrons moderniser les institutions
locales, notamment en renforçant la coopération entre collectivités et en
réformant le mode de scrutin pour certaines d’entre elles.
Nous devrons clarifier l’exercice des compétences des
collectivités locales et je vous présenterai aujourd’hui une première
mesure conforme à ce que j’avais annoncé pendant le débat sur la
Corse.
Nous devrons également moderniser les finances
locales.
M. René Dosière - Oh oui !
M. le Ministre - Le Premier ministre m’a chargé
d’élaborer, avec le ministre de l’économie, un rapport sur les voies et
moyens d’une telle réforme. Il sera remis au Parlement avant la fin 2001.
Ce rapport présentera les mesures susceptibles de remédier aux défauts de
la fiscalité locale actuelle, obsolète par certains aspects et trop
souvent perçus comme injuste –en témoigne le défaut des dotations d’Etat
aux collectivités–, peu lisible et insuffisamment
" péréquatrice ". Dès le mois prochain, une première note
d’orientation sera adressée au comité des finances locales et aux
principales associations d’élus, afin d’engager la concertation sur un
sujet difficile aux enjeux majeurs pour les Français.
M. Jean-Antoine Leonetti - Ce n’est pas dans le
texte !
M. le Ministre - Il est permis d’évoquer ici ce
qui n’est pas dans le texte !
M. Bernard Roman, président de la commission des
lois - Sinon l’opposition serait réduite au
silence !
M. le Ministre - Déjà qu’elle ne propose pas
grand’ chose !
Nous devrons également répondre aux attentes de la
fonction publique territoriale qui fait vivre la décentralisation et faire
progresser la déconcentration, inséparable d’une décentralisation
réussie.
Enfin, nous devons dès à présent approfondir la
démocratie locale et mettre en œuvre les mesures susceptibles d’aider les
citoyens qui le souhaitent à exercer des responsabilités. L’exigence de
proximité, de plus en plus forte aujourd’hui témoigne en effet du souhait
de nos concitoyens de participer à la définition des projets d’action
publique qui les concernent au quotidien. Il convient donc d’améliorer
aussi les conditions d’exercice de la démocratie représentative.
Les deux pans de la démocratie en France font donc
l’objet dans ce texte de mesures qui en améliorent le fonctionnement de
manière très concrète. C’est tout le sens de ce projet de loi, qui
s’inspire notamment des conclusions de la commission Mauroy et de la
communication de Mme la ministre de l’aménagement du territoire et de
l’environnement au conseil des ministres du 27 septembre 2000 sur la
réforme des enquêtes publiques.
Ce projet de loi prend aussi en compte bon nombre des
préoccupations exprimées par les principales associations d’élus locaux,
toutes membres ès qualité de la commission Mauroy. Je leur ai en outre
fait parvenir il y a plusieurs semaines un avant-projet de loi qui a
suscité de leur part nombre de réactions. Ce texte s’inspire aussi des
échanges que nous avons eus avec votre assemblée lors du débat sur
l’avenir de la décentralisation. Cette concertation et les échanges ne
sont pas clos et le travail considérable de vos rapporteurs,
MM. Derosier et Cohen, comme des commissaires de la commission des
lois doit être salué. L’examen préalable des dispositions du projet et des
amendements a de même admirablement préparé le débat d’aujourd’hui.
Plusieurs députés UDF - N’exagérons
rien !
M. le Ministre - Ce débat s’ouvre donc dans un
esprit d’ouverture, bien éloigné des positions de certains qui se sont
exprimés avec une virulence qui peine à masquer la faiblesse de leurs
propositions (Murmures sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et
du groupe DL). Celles-ci s’apparentent du reste plus souvent à des
vœux pieux qu’à des propositions faisables et expertisées, dans leurs
objectifs comme dans leurs modalités (" Très bien ! "
sur les bancs du groupe socialiste).
Je ne suis pas opposé à améliorer encore ce texte
(" On verra bien ! " sur les bancs du groupe UDF),
sinon dans ses objectifs, du moins dans l’application de certaines de ses
dispositions.
Le projet de loi vise ainsi, à travers ses différents
titres, à favoriser l’expression de la citoyenneté au niveau local, à
renforcer les droits des conseillers municipaux dans les assemblées élues,
à démocratiser l’accès aux mandats locaux, à améliorer le fonctionnement
des services d’incendie et de secours, à mieux assurer la participation du
public à l’élaboration des grands projets d’aménagement et d’équipement et
à réformer le recensement de la population.
Conformément à l’engagement pris lors du débat sur la
Corse, j’ai également déposé la semaine dernière plusieurs amendements
visant à transférer de nouvelles compétences aux régions, dans des
domaines et selon des modalités inspirées à la fois du projet de loi sur
la Corse et du rapport Mauroy.
Le projet de loi organise tout d’abord la participation
des habitants à l’action et au débat publics, en s’appuyant sur la
création obligatoire de conseils de quartiers, dans les communes de plus
de 20 000 habitants, pour chacun des quartiers qui les
constituent.
Le titre I comporte également un chapitre relatif au
renforcement des droits des élus locaux au sein des assemblées
délibérantes, ainsi qu’un article visant à améliorer la situation des
membres des conseils économiques et sociaux régionaux.
Les conseils de quartier seront des instances
consultatives, permettant d’associer des représentants des habitants et
des associations pour traiter de toute question intéressant le
quartier.
Un député UDF - Cela existe déjà !
M. le Ministre - Complémentaires et non
concurrents du conseil municipal, du fait même du mode de désignation de
leurs membres, ces conseils de quartier seront dotés de moyens de
fonctionnement suffisants et seront associés à la définition des
orientations budgétaires qui les concernent. Pour respecter la pluralité
des opinions, les conseillers municipaux, membres des conseils de
quartiers, seront élus à la proportionnelle, et afin que nulle fraction de
la population ne puisse être exclue du champ d’intervention de la
démocratie participative, un conseil sera créé dans chaque quartier.
Les règles de constitution et les missions dévolues aux
conseils de quartiers permettront leur institution dans beaucoup de
communes urbanisées qui ne se sont pas, à ce jour, engagées dans une telle
démarche participative. Leur souplesse permettra de ne pas revenir sur les
expériences similaires de certaines communes et de mettre en œuvre le
dispositif le plus adapté aux spécificités locales.
Il ne s’agit pas de contester la légitimité née du
suffrage universel du conseil municipal (Murmures sur les bancs du
groupe UDF, du groupe du RPR et du groupe DL) mais de faire émerger
les forces vives des quartiers et de s’appuyer sur cette participation des
habitants en complément de l’action publique municipale.
Le lien fort et institutionnalisé entre les conseils de
quartiers et le conseil municipal ne vise pas à brider d’une quelconque
manière la créativité ou l’expression des habitants, mais bien à garantir
la prise en compte effective de leurs souhaits et de leurs actions.
L’article 4 du texte permet également aux conseils
municipaux des communes concernées de créer des postes spécifiques
d’adjoints chargés exclusivement des questions intéressant certains
quartiers. Cette possibilité n’est évidemment pas une obligation et leur
création est prévue en sus du nombre d’adjoints au maire, plafonné à
30 % du conseil municipal par les dispositions législatives
actuellement appliquées. Par souci de cohérence, lorsque ces postes
d’adjoints sont créés, leurs titulaires président le conseil de quartier
correspondant, alors que c’est un conseiller municipal qui s’en voit
confier la présidence lorsque aucun adjoint de quartier n’est institué.
Bien entendu, les adjoints chargés d’une délégation générale peuvent aussi
être chargés de suivre les affaires d’un quartier (" Encore
heureux ! " sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et du
groupe DL).
Je sais que plusieurs amendements, adoptés par votre
commission, tendent à introduire un peu de souplesse, notamment pour la
présidence des conseillers de quartiers par un conseiller municipal ou un
adjoint de quartier. Je ne suis pas opposé à assouplir cette disposition,
tout en garantissant la liberté de choix du conseil municipal.
Le projet de loi rend également obligatoire, pour les
communes de plus de 100 000 habitants, la création dans les quartiers
d’annexes de la mairie offrant aux habitants des services publics de
proximité.
M. Jean-Antoine Leonetti - Mais cela existe
déjà !
M. le Ministre - Il accroît sensiblement le rôle et
les compétences des commissions des services publics locaux, pour
lesquelles les dispositions législatives actuelles étaient manifestement
inadaptées. Là encore, il s’agit de proposer aux citoyens des lieux de
débats, de réflexion et d’initiatives.
M. Germain Gengenwin - Il n’est pas nécessaire de
recourir à la loi pour atteindre cet objectif !
M. le Ministre - En second lieu, les droits des
conseillers dans les assemblées élues seront renforcés, afin de contribuer
à l’expression du pluralisme des opinions et à l’information générale des
habitants.
C’est ainsi que des séances spécifiques seront consacrées
à l’examen des projets de délibération des conseillers. Le règlement
intérieur adopté par le conseil municipal fixera l’organisation de ces
séances. Là encore, il ne s’agit pas de remettre en cause la légitimité du
conseil municipal, mais de donner à tous les possibilités de s’exprimer au
service du bien public communal.
Les procès-verbaux des délibérations des conseils
municipaux des petites communes seront également complétés afin de faire
apparaître les noms et l’essentiel des interventions.
(" Ridicule ! " sur les bancs du groupe UDF).
Une place sera aussi réservée à l’opposition dans les
documents d’information générale, qui ne seraient pas purement descriptifs
ou pratiques. Des missions d’évaluation pourront enfin être constituées à
la demande du cinquième de l’organe délibérant des communes de plus de
20 000 habitants, des conseils généraux ou des conseils régionaux. Là
encore, le texte précise les modalités de désignation de leurs membres et
leurs missions.
Enfin, le titre premier tend à améliorer les conditions
d’exercice des fonctions de conseillers économiques et sociaux régionaux,
en vue notamment de faciliter la participation de membres salariés.
J’ai déposé plusieurs amendements complémentaires à ce
sujet, qui font suite à la concertation que j’ai menée avec l’Assemblée
des présidents des conseils économiques et sociaux régionaux et avec
l’Assemblée des régions de France. Ils visent à mieux prendre en compte
les contraintes et les aspirations des membres de ces instances, notamment
pour ce qui a trait au remboursement de leurs frais, à leurs indemnités ou
à leurs droits sociaux.
Le titre II vise à démocratiser l’accès de tous aux
fonctions électives locales, afin que la composition des assemblées
locales témoigne plus fidèlement qu’aujourd’hui de la diversité de la
société française (" C’est du bla-bla ! " sur les bancs
du groupe UDF, du groupe du RPR et du groupe DL).
Plutôt que de parler d’un nouveau " statut de
l’élu " –et considérant que cette notion ne correspond pas à la
réalité de la mission des élus locaux–, je présente un ensemble de mesures
concrètes d’une ampleur sans précédent. Ces dispositions visent à
améliorer sensiblement les conditions d’exercice des fonctions électives
locales, de la candidature jusqu’à la fin du mandat et à assurer une
meilleure compatibilité de ces dernières avec l’activité professionnelle
et avec la vie personnelle. Il s’agit de permettre à tout citoyen de
consacrer à son mandat le temps qu’il estime nécessaire, sans que
l’exercice de ce dernier soit entravé par des contraintes matérielles ou
par des charges dissuasives.
La diversité des situations nous a conduits à privilégier
souvent la libre appréciation des collectivités dans la mise en œuvre des
garanties, plutôt qu’à fixer des mesures de revalorisation trop générales.
Le Gouvernement a repris une proposition du président de la commission des
lois sur la revalorisation des indemnités des adjoints au maire qui est
plus élevée qu’initialement prévu, mais qui reste supportable pour les
collectivités et qui correspond bien à la souplesse introduite par le
projet. Ce texte prévoit également un temps d’absence de dix jours par an
pour favoriser la participation aux élections locales. Il s’attache aussi
à mieux articuler mandat local et activité professionnelle en augmentant
les crédits d’heures et les compensations financières pour les élus non
indemnisés.
Il facilite la sortie du mandat, pour ceux qui ont
interrompu leur activité professionnelle, en créant une allocation
différentielle de fin de mandat versée pendant six mois et financée par
une cotisation à la charge des collectivités, pour organiser une
mutualisation des charges.
Ce texte renforce et adapte par ailleurs la formation, en
début et en fin de mandat.
M. le Président de la commission - C’est
essentiel.
M. le Ministre - Il faut encourager les
collectivités à mieux utiliser et répartir les crédits prévus à cette
fin.
Le projet rend obligatoire des délibérations des conseils
municipaux en la matière, triple le congé formation, qui était de
6 jours, et organise la mutualisation des dépenses en s’appuyant sur
les structures intercommunales.
Il revalorise également les indemnités de fonctions des
élus. Le barème des indemnités des adjoints est revu et une enveloppe
complémentaire est instituée en leur faveur, qui représente 10 % de
la masse indemnitaire, et qui est laissée à la libre répartition du
conseil municipal. Le texte incite au versement des indemnités à taux
plein aux plus petites communes et renforce les indemnités des conseillers
municipaux bénéficiant de délégations.
En ce qui concerne l’assouplissement des conditions de
délégation aux conseillers municipaux, je vous ai proposé un amendement
qui rejoint les objectifs de la commission des lois (Approbation sur
tous les bancs).
Dans le même esprit, le projet de loi adapte le
remboursement des frais de déplacement ou pour mandats spéciaux et
accompagne la parité dans les conseils municipaux en prévoyant le
remboursement des frais de garde d’enfants.
La couverture sociale des élus est enfin améliorée. Elle
tient compte de leur situation professionnelle et de leurs charges de
famille.
Les dispositions des titres I et II ont été adaptées pour
pouvoir être mises en œuvre dans les établissements publics de coopération
intercommunale à Paris, Lyon et Marseille.
Il faudra d’ailleurs examiner les propositions faites sur
la modification de la loi du 31 décembre 1982 sur Paris,
Marseille et Lyon dans le sens d’une plus grande délégation de compétences
aux conseils d’arrondissement. Elles ne sont guère différentes, malgré les
déclarations de certains, des dispositions auxquelles ils disent penser
eux-mêmes, mais qu’ils n’ont jamais eu le temps de mettre en œuvre au
cours de ces vingt dernières années.
Les dispositions de ce deuxième titre reprennent nombre
de celles adoptées par l’Assemblée nationale lors de l’examen de la
proposition de loi déposée par le groupe communiste le 14 décembre
dernier.
Je suis ouvert à la discussion sur toute modification qui
ne remettrait pas en cause les objectifs et l’équilibre général qui le
sous-tend.
Le troisième titre vise à améliorer le fonctionnement des
services d’incendie et de secours, en s’inspirant des conclusions du
rapport du député Jacques Fleury. Il ne se confond pas avec le projet
de loi sur la sécurité civile qui sera élaboré dans les prochains
mois.
Il accroît d’abord le rôle des conseils généraux,
désormais majoritaires dans les conseils d’administration des services
départementaux d’incendie et de secours, et rationalise le financement des
services par un gel partiel des contributions des communes. Celles-ci
garderaient à leur charge 20 % de l’augmentation qu’elles auraient dû
connaître, et les départements, en prendraient 80 % à leur
charge.
Plusieurs amendements proposent des modifications
importantes à ce dispositif. Je suis favorable au débat, mais je vous
invite à porter une grande attention à un équilibre qui n’est que trop
fragile.
Le titre IV a été élaboré par ma collègue, Dominique
Voynet.
M. le Président de la commission - Très bien
élaboré !
M. le Ministre - Je me bornerai à en rappeler
les principes.
Toujours dans le souci d’accroître la participation des
habitants, ce titre élargit de manière très significative le champ du
débat public sur les grands projets et l’intervention de la Commission
nationale du débat public.
Parallèlement, il clarifie les modalités de la
concertation entre l’Etat et les élus locaux et renforce la responsabilité
des collectivités locales dans les procédures d’enquête publique.
Enfin, le titre V a pour objet de compléter le
recensement, actuellement tous les 7 à 9 ans, par une procédure
statistique actualisée chaque année et susceptible de donner une bonne
photographie de la France.
Je souhaite terminer cet exposé en présentant les
amendements que j’avais annoncés lors du débat sur la Corse.
J’avais indiqué que le Gouvernement organiserait les
transferts de compétences aux régions les plus simples et les plus
consensuels.
Un député socialiste - Très bien !
M. Patrick Ollier - Insuffisant.
M. le Ministre - Après un mois de travail et en
s’inspirant du projet de loi sur la Corse et du rapport Mauroy, le
Gouvernement peut vous proposer des transferts qui s’inscrivent
parfaitement dans les compétences des régions.
Dans le domaine économique, les régions pourront créer
leurs propres régimes d’aides directes aux entreprises, sous forme de
subventions, de bonifications d’intérêts ou de prêts et avances
remboursables, dans le respect bien sûr de nos engagements
internationaux.
M. Germain Gengenwin - Cela existe
déjà !
M. le Ministre - Elles pourront également doter
un fonds de capital-investissement.
Dans le domaine de la formation professionnelle, les
régions se voient transférer la pleine compétence en matière
d’apprentissage et de formation professionnelle. Elle arrêteront le schéma
régional des formations de l’AFPA et se verront confier la gestion de
l’indemnité compensatrice liée au contrat d’apprentissage, ce qui
représente un transfert financier d’environ 5 milliards.
M. Germain Gengenwin - Cela existe depuis
1986 !
M. le Ministre - Une expérimentation sera lancée
pour étudier les modalités du transfert de la gestion de certains ports et
aéroports aux régions. Celles-ci pourront demander à mener cette
expérimentation, en accord avec l’Etat.
Les régions pourront aussi organiser leurs propres
actions d’enseignement supérieur et de recherche, dans le cadre d’une
convention avec des établissements d’enseignement supérieur et de
recherche. Cette proposition a suscité des réactions contrastées et je
suis naturellement prêt à en discuter.
Enfin, en matière d’environnement, les régions se verront
transférer la compétence de planification pour la qualité de l’air et les
déchets industriels spéciaux. Elles seront également compétentes pour le
classement des réserves naturelles et pour l’élaboration des inventaires
faunistiques et floristiques.
M. le Président de la commission - Merci Madame
la ministre de l’aménagement du territoire.
M. le Ministre - D’autres transferts ont été
étudiés, mais il n’a pas paru possible de les instituer dès maintenant
compte tenu de leurs incidences sur la situation du personnel concerné et
sur les finances des collectivités.
Ces transferts ont donné lieu à un certain nombre de
critiques, d’ailleurs contradictoires, comme : " Le Gouvernement
ne va pas assez loin " ou à l’inverse, " Il est impensable de
décentraliser par amendements ". Mais il s’agit ici d’une première
étape, parfaitement maîtrisée. Par ailleurs, les transferts proposés ne
reprennent pas l’ensemble des mesures retenues pour la Corse. En effet
celle-ci, de par sa spécificité, conservera toujours, quelles que soient
les avancées de la décentralisation dans notre pays, un statut
particulier.
En conclusion, ce projet de loi présente des avancées
très significatives, tant en termes de démocratie locale que de
décentralisation.
Ce Gouvernement, comme d’autres de sa sensibilité depuis
1982, fait œuvre concrète. Il ne se contente pas de simples discours
d’intention.
Ce que nous proposons aujourd’hui n’épuise cependant pas
notre ambition en matière de décentralisation.
D’autres mesures d’envergure sont souhaitables, mais
elles requièrent au préalable des consultations approfondies quant à la
répartition des compétences et à leur incidence sur les finances locales.
Une réflexion de fond est déjà engagée, et un premier rapport sera remis
au Parlement d’ici à la fin de l’année.
Comme d’habitude, le Gouvernement tient ses engagements.
Aux discours, il préfère les actes. Ce qui peut être adopté au cours de
cette législature vous est présenté aujourd’hui. Les autres mesures
viendront au début de la prochaine législature, après les expertises
nécessaires. Fallait-il pour autant tout différer, en se privant
d’avancées importantes ? Telle n’est pas ma conception de l’action
publique.
Je vous ai présenté quatre projets de loi depuis que je
suis ministre de l’intérieur. Chaque fois, j’ai privilégié les avancées
concrètes, et en matière de décentralisation nous n’avons certes pas perdu
de temps. Je tiens d’ailleurs à remercier la commission des lois de
l’énorme travail effectué pour le rétablissement du calendrier électoral,
pour la Corse, pour la sécurité quotidienne et aujourd’hui pour la
décentralisation.
Le Gouvernement aborde ce débat dans un esprit
d’ouverture, y compris à l’égard des propositions de transferts de
compétences simples et consensuels. Enfin la volonté du Gouvernement est
bien de rendre effectives, dans les meilleurs délais, toutes les
dispositions de ce projet de loi qui sont attendues par beaucoup. C’est
pourquoi, de nombreuses demandes ayant été présentées dans ce sens, il a
décidé de déclarer l’urgence sur ce projet de loi, que je vous demande
d’adopter (Applaudissements sur les bancs du groupe
socialiste).
Mme Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du
territoire et de l'environnement - La concertation sur des
projets d’aménagement, qui vont souvent transformer pour longtemps le
cadre de vie de nos concitoyens, est un élément important de la démocratie
locale, et ma présence aujourd’hui est donc toute naturelle.
Nos procédures, en matière d’aménagement et d’équipement,
restent profondément marquées par une conception de l’utilité publique
héritée du XIXe siècle, où le formalisme des procédures visait
d’abord à garantir la propriété privée contre l’administration
toute-puissante. Mais la société a changé. La France est aujourd’hui un
pays aménagé et équipé, et s’il reste encore des besoins, l’espace
disponible s’est réduit, et la réalisation de nouveaux équipements n’est
plus forcément considérée par la société comme un facteur de progrès. De
nouveaux intérêts publics ont émergé, tels que le droit à la santé ou la
préservation des ressources naturelles. Nos concitoyens ne se satisfont
plus de décisions imposées et réclament le droit de participer aux
décisions qui touchent leur cadre de vie.
Or, nos procédures sont, de ce point de vue,
insuffisantes. Le public a l’impression d’être mal consulté, l’enquête
publique se déroulant trop tard, et il en résulte des frustrations et des
contestations avec une montée du contentieux qui entraîne parfois le
blocage des décisions. Les maîtres d’ouvrage se plaignent de la paralysie
des procédures, et si les élus locaux ne remettent pas en cause, en
général, l’intervention de l’Etat, ils critiquent souvent les procédures
d’instruction mixte et la déclaration d’utilité publique.
Les progrès réalisés grâce à la loi Bouchardeau en 1983,
la circulaire du 15 décembre 1992 et la loi de 1995 sont bien réels,
mais ils n’ont pas été suffisants. C’est pourquoi le Premier ministre a
pris l’engagement le 19 juin 1997 de faire réviser les procédures
d’appréciation de l’utilité publique. A partir du rapport réalisé par le
Conseil d’Etat, le Gouvernement a arrêté les axes d’une réforme, dont j’ai
présenté les grandes orientations dans ma communication au conseil des
ministres du 27 septembre 2000.
Le projet de loi présenté aujourd’hui fait suite à
plusieurs mois de concertation active avec les principaux intéressés. Il
participe au renforcement de la démocratie locale en rendant plus lisible
le processus de décision et en permettant au public de mieux s’exprimer en
amont ; en renforçant les responsabilités des collectivités
locales ; en rationalisant les procédures d’instruction.
En premier lieu, il transforme la CNDP en autorité
administrative indépendante, garante du débat public, et accroît son champ
d’intervention et ses moyens. Le champ du débat public est élargi de
manière très significative, puisque le nombre de débats organisés chaque
année par la CNDP ou sous son contrôle devrait passer de un ou deux à une
vingtaine.
Si les catégories de projets concernés restent à peu près
les mêmes qu’aujourd’hui, les seuils techniques ou financiers seront
sensiblement abaissés. Le seuil de saisine obligatoire de la CNDP, pour
les grandes infrastructures linéaires de transport, reviendrait ainsi de 4
à 1 milliard.
En dessous de ce montant, le maître d’ouvrage aura
l’obligation de publier son projet afin de permettre l’éventuelle saisine
de la CNDP par d’autres personnes que le maître d’ouvrage -parlementaires,
collectivités territoriales ou associations de protection de
l’environnement.
La CNDP décidera du mode de concertation en fonction de
l’intérêt national du projet, de son incidence territoriale, de ses enjeux
socio-économiques et de ses effets sur l’environnement ou l’aménagement du
territoire. Elle pourra soit organiser elle-même le débat public, soit en
confier l’organisation au maître d’ouvrage en fixant les modalités, soit,
si le débat public ne lui paraît pas nécessaire, émettre des
recommandations sur les modalités de la concertation.
Par ailleurs, le Ministre chargé de l’environnement et le
Ministre intéressé pourront saisir conjointement la CNDP d’une demande de
débat sur des questions d’ordre plus général.
Lorsque la CNDP interviendra, son rôle ne se limitera pas
à l’organisation du débat d’opportunité en amont : elle sera aussi un
garant tout au long des étapes ultérieures. Par exemple pour assurer le
bon fonctionnement des comités de suivi prévus par la circulaire
" Bianco ". Ainsi devrait-on voir apparaître un " secteur
pilote ", véritable laboratoire de la concertation et du débat
public. Outre ce rôle principal, la CNDP se voit reconnaître un rôle
d’élaboration et de diffusion de méthodes de concertation, qui lui
permettra une action diffuse, pour des projets moins importants.
Afin de lui permettre de faire face à ses nouvelles
missions avec l’indépendance nécessaire, la CNDP verra ses moyens
augmentés : dirigée par un président et deux vice-présidents à plein
temps, elle disposera de ses propres services et de son propre budget de
fonctionnement.
En second lieu, le projet renforce les responsabilités
des collectivités locales. Il instaure une " déclaration de
projet " par laquelle la collectivité pourra affirmer, à l’issue de
l’enquête publique, l’intérêt général de son projet. Cette déclaration de
projet, en cas d’expropriation, vaudra saisine de plein droit de l’Etat,
auquel il incombera de prononcer ou non la déclaration d’utilité publique.
Il déconcentre l’instruction mixte pour les projets des collectivités
locales. Il transfère à la collectivité locale l’initiative de lancer
l’enquête publique, lorsqu’il n’y a pas d’expropriation.
En troisième lieu, le projet rationalise et rend plus
transparent le processus de décision : le débat initial se conclura
par un acte du maître d’ouvrage, qui tirera ses propres conclusions, en
arrêtant un cahier des charges. L’instruction mixte précédera le lancement
de l’enquête publique, et ses conclusions motivées seront jointes au
dossier de celle-ci. Enfin les décisions devront être motivées.
Le projet introduit encore des mesures visant à améliorer
l’enquête publique : il renforce le pouvoir des
commissaires-enquêteurs pour les enquêtes de droit commun, en l’alignant
sur celui dont il dispose dans le cadre des enquêtes
" Bouchardeau " ; il réduit les risques de non-paiement du
commissaire-enquêteur, grâce au versement d’une provision, à la demande de
ce dernier. Ces dispositions législatives seront complétées par des
mesures visant à réévaluer la fonction de commissaire-enquêteur, que le
Gouvernement vous exposera en détail lors de la deuxième lecture de ce
projet.
Voilà une réforme ambitieuse, résultant d’un travail
longuement concerté, et tirant les leçons de l’expérience de l’actuelle
Commission nationale du débat public. J’ai été frappée de constater les
convergences de vue entre les différents acteurs, élus, maîtres d’ouvrage
ou associations.
J’ai eu le souci, en préparant ce texte, de faire avancer
la démocratie et le débat citoyen, en évitant de trop formaliser les
procédures afin de favoriser le débat sur le fond. Tout le monde devrait y
gagner, et les décisions en seront facilitées.
Il s’agit, avec ce projet, d’ouvrir un nouveau champ au
dialogue social et de développer une véritable culture du débat et de la
concertation, bref, de moderniser les rapports sociaux, pour faire de la
France un pays exemplaire en la matière (Applaudissements sur les bancs
du groupe socialiste).
M. Bernard Derosier, rapporteur de la commission des
lois - Avec ce projet, nous abordons une nouvelle étape de la
décentralisation annoncée en octobre 2000, à Lille, par le Premier
ministre.
Depuis 1997, le Gouvernement et sa majorité s’emploient à
conforter la démocratie. De nombreuses réformes sont ainsi venues
satisfaire les exigences légitimes exprimées par les Français au lendemain
d’une dissolution bien opportune. Citons, par exemple, la réforme du mode
de scrutin pour l’élection des conseillers régionaux dont le mandat a par
ailleurs été ramené à cinq ans. Cette disposition pourrait bientôt
concerner d’autres élections. D’autres mesures suivront en faveur d’autres
collectivités locales, dans un souci d’harmonisation et de
clarification.
Citons aussi la procédure particulière d’adoption du
budget qui a été instituée pour éviter que, faute de majorité
républicaine, certains conseils régionaux ne soient paralysés.
D’autre part, la modification du régime du cumul des
mandats nonobstant l’opposition de la droite et du Sénat, a rendu les élus
plus disponibles tout en clarifiant l’exercice de leurs
responsabilités.
Enfin, l’instauration de la parité entre les femmes et
les hommes dans les scrutins de liste a permis de progresser vers une
représentation de la population conforme à la composition de la
société.
Je ne reviendrai pas sur les réformes de nos institutions
décidées depuis 1997, dont certaines, en raison d’un contexte politique
défavorable, n’ont pas eu toute la portée que nous espérions.
Hier encore, la majorité de cette assemblée a adopté une
proposition de loi qui met fin à quelques privilèges en matière pénale.
Nous voilà donc presque en mesure d’assurer le respect effectif de
quelques uns de nos principes fondamentaux jusqu’au sommet de l’Etat.
Pour satisfaire d’autres attentes de nos concitoyens,
nous sommes aujourd’hui invités à faire progresser la démocratie locale.
Bien entendu l’idée de la décentralisation ne date pas de 1982. Mais c’est
à cette date qu’elle a connu un développement exceptionnel qu’il nous
semble désormais irréversible. C’est bien en 1982 que l’organisation
administrative et politique de la France a fait ce bond historique, à
l’initiative du gouvernement de Pierre Mauroy, soutenu par l’autorité de
Gaston Defferre et l’engagement enthousiaste d’une majorité parlementaire
que les Français ont de nouveau élue en 1997.
Plus personne ne conteste que la décentralisation que la
gauche a entreprise : au contraire, comme lorsqu’il s’agit d’une
œuvre réussie, chacun se l’approprie et la défend.
Peut-on sérieusement contester cet équilibre entre
échelons central et territorial qui a fait de nos collectivités et de
leurs élus des acteurs à part entière du développement local ?
La réforme de 1982 a également rapproché le lieu de
décision des citoyens, le présent projet nous permettra d’aller encore
plus loin.
Depuis la loi du 2 mars 1982, d’autres lois relatives à
la décentralisation ont été adoptées par différentes majorités et ont
décliné les principes fondateurs de 1982. Je vous renvoie au rapport écrit
qui en dresse la liste exhaustive.
Ainsi, la loi du 6 février 1992 relative à
l’administration territoriale de la République, a-t-elle amélioré
l’information et la participation des citoyens et accordé des droits
nouveaux à l’opposition dans les conseils locaux.
C’est dans le même esprit de progrès que le Gouvernement
s’est engagé à ouvrir une nouvelle étape de la décentralisation. Le
Premier ministre a ainsi installé, en octobre 1999, une commission
pluraliste dont il a confié la présidence à Pierre Mauroy. Il a ensuite
indiqué dans son discours de Lille, le 27 octobre 2000, les suites que le
Gouvernement donnerait à ses propositions. Puis un débat d’orientation
générale sur la décentralisation a été organisé le 17 janvier à
l’Assemblée nationale. On ne peut donc prétendre, comme certains le font,
que nous n’aurions pas eu le temps de débattre, même si nous aurions
apprécié, Monsieur le ministre, de disposer du texte du projet dix ou
quinze jours plus tôt (Exclamations sur les bancs du groupe du RPR, du
groupe UDF et du groupe DL).
Cela dit, le Premier ministre a proposé d’engager la
nouvelle étape de la décentralisation autour de six priorités : la
rénovation des institutions locales, l’approfondissement de la démocratie
locale, un meilleur partage des compétences, la modernisation des finances
locales, l’amélioration du statut de la fonction publique territoriale et
la poursuite de la déconcentration.
Ce projet de loi est la première traduction législative
des réformes annoncées. Son objectif principal est d’approfondir la
démocratie locale. Il tend à mieux associer les citoyens aux décisions
locales en renforçant la démocratie participative et les droits de
l’opposition dans les assemblées délibérantes. Il améliore l’accès aux
mandats locaux et leurs conditions d’exercice. Il tend aussi à clarifier
la loi pour le moins imparfaite du 3 mai 1996 sur les services
d’incendie et de secours.
Ces dispositions ne satisferont pas toutes les demandes
–souvent légitimes– des sapeurs-pompiers. Mais le Gouvernement y est
attentif, le projet de loi en préparation sur la sécurité civile devrait
être prêt à l’automne.
Le présent projet comporte aussi de nombreuses
dispositions propres à améliorer la participation du public à
l’élaboration des grands projets d’aménagement et d’équipement publics. Il
confie à la Commission nationale du débat public le soin de veiller au bon
déroulement du débat public.
Il rend plus transparente et plus démocratique
l’élaboration des projets tout en responsabilisant les collectivités
locales dans l’appréciation de l’intérêt général. Il rationalise également
les procédures d’enquête publique. Enfin, il donne un cadre à la nouvelle
organisation du recensement de la population française.
Soucieuse d’atteindre pleinement les objectifs de ce
projet, la commission a adopté un certain nombre d’amendements, avec le
souci primordial de faire prévaloir le principe de la légitimité du
conseil municipal et du maire, élus au suffrage universel, qui ne peuvent
se voir opposer une " fausse légitimité " de désignation ou de
cooptation.
S’agissant de la création obligatoire des conseils de
quartier, j’ai proposé à la commission de fixer un seuil de population
suffisant pour assurer la cohérence du dispositif. Bien entendu, en deçà
de 50 000 habitants pour la commission et de 20 000 pour le
Gouvernement, l’institution des conseils de quartier reste possible.
D’autres amendements adoptés par la commission à mon
initiative tendent à harmoniser les seuils de population au plus près de
ceux généralement retenus par le code général des collectivités
territoriales, conformément à notre souci constant de simplifier le droit
des collectivités territoriales.
La commission propose aussi diverses mesures destinées à
donner au projet de loi la souplesse nécessaire à l’application de
nouveaux dispositifs de participation des citoyens et à la poursuite de
diverses expériences locales.
Un de ses amendements consacre le principe de l’élection
au suffrage universel des membres des assemblées des communautés urbaines,
des communautés d’agglomération et des communautés de communes : le
principe de la responsabilité politique devant l’électeur est en effet le
premier des principes démocratiques.
La démocratie doit progresser dans toutes les assemblées
locales. J’ai donc proposé d’étendre aux assemblées départementales et
régionales les dispositions qui renforcent les droits des élus
d’opposition.
La commission suggère également de préciser les
conditions d’exercice des fonctions de membre des conseils économiques et
sociaux régionaux.
Au titre des dispositions relatives à Paris, Lyon et
Marseille, elle a accepté la suppression du dispositif dérogatoire relatif
à la questure du conseil de Paris.
M. le Président de la commission - Très
bien ! C’est un archaïsme.
M. le Rapporteur - D’autres amendements
visant à renforcer la démocratie dans les trois plus grandes villes de
France seront examinés avant la fin du débat général.
M. Franck Dhersin - Ah ! Quand
même !
M. le Rapporteur - Vous le saviez fort
bien, Monsieur Dhersin puisque la commission en a débattu.
La commission a également retenu une suggestion de
rebaptiser les " conseils généraux " et leurs élus en
" conseils départementaux " et " conseillers
départementaux ", comme l’avait proposé la
commission Mauroy.
Le projet de loi procède par ailleurs à une
simplification salutaire des régimes indemnitaires des élus locaux.
La situation des adjoints aux maires méritait une
attention particulière, et la commission la leur a accordée.
Elle a également retenu mon amendement destiné à
" sécuriser " la délégation permanente de fonctions à des élus
locaux qui ne sont ni adjoints au maire, ni vice-présidents.
La commission a adopté les amendements du Gouvernement
relatifs aux transferts de compétences aux régions, qui se voient étendre
certaines des dispositions du projet de loi sur la Corse. Le problème des
transferts n’est pas définitivement réglé pour autant et nous y
reviendrons.
D’autres mesures doivent être prises en faveur des
départements, ou même des communes.
Il s’agit pour l’instant d’assurer la cohérence entre des
collectivités comparables, la Corse et les vingt-deux régions
continentales.
Je souhaite que la réflexion sur les transferts de moyens
qui doivent accompagner les transferts de compétences vers les communes ou
les départements aboutisse rapidement. Je pense en particulier aux
personnels de service des collèges ou des lycées, aux routes nationales.
Je suis convaincu que le Gouvernement ne laissera pas les intérêts
particuliers l’emporter sur l’intérêt général.
Nous avons aussi adopté plusieurs amendements relatifs au
financement et au fonctionnement des SDIS, lesquels n’ont pas bénéficié,
au moment de la départementalisation de 1996, de conditions idéales de
financement pour appliquer la loi ATR. J’ai donc proposé que les
départements deviennent les seules collectivités locales à les financer,
grâce notamment à la fraction de DGF correspondant aux contributions
versées aux SDIS par les communes ou leurs groupements. Je me suis inspiré
des dispositions retenues pour la CMU. On pourrait même aller plus loin en
faisant du SDIS un service du département, à l’instar de ce qui s’est fait
pour la voirie en 1982.
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